Ce texte relate la rencontre émouvante avec Sœur Marie-Vianney, Ursuline de Quimperlé, en maison de retraite, puis son décès en août 2025. L’auteur décrit sa dernière rencontre avec elle et un détail marquant, lors de la cérémonie religieuse de ses obsèques : la découverte de son alliance en or tombée au sol, symbole de sa fidélité au Christ. Un récit intime, tissé de tendresse, de clins d’œil complices et de résonances historiques, que le lecteur pourra déchiffrer entre les lignes.
Les Ursulines ont fait alliance avec Quimperlé.
La dernière maison Ursuline de Bretagne.
Il y a plusieurs mois, lors d’une balade à Sainte-Anne-d’Auray, avec Hélène et sa maman, tandis que nous étions venus pour visiter sœur Annie Grall à la maison de retraite des Filles du Saint-Esprit, j’ai profité de l’occasion pour tenter de retrouver Sœur Marie-Vianney, Ursuline. Pour des raisons de santé, elle avait été acceptée comme résidente dans cet EHPAD. Je l’ai trouvée dans un couloir, seule, en tenue d’Ursuline, le regard fixant l’écran de la télé accrochée au mur. Le volume sonore devait être à son maximum. Je me suis positionné face à elle, elle ne réagissait pas trop tout en étant étonnée. En me présentant, j’ai eu l’impression qu’elle me reconnaissait et j’ai eu le droit à…
« Qu’est-ce que vous faites là ? » et à quelque chose comme « vous n’avez pas mieux à faire ? ». Cependant, je savais qu’elle était « perdue dans sa tête » et ça me peinait de la voir seule loin de sa communauté, même si les Sœurs de Quimperlé venaient régulièrement la visiter. J’ai réussi à faire un selfie avec elle et je l’ai laissée afin qu’elle poursuive son voyage dans le monde qui était le sien et où elle s’était activée en tant qu’économe.
Le vendredi 25 juillet 2025, je m’étais étonné de ne pas la voir parmi les Sœurs installées dans la cour de l’EHPAD pour accueillir la troménie de Saint-Anne. Je sonnais du biniou, avec mon compère Benoît à la bombarde, devant l’attelage qui véhiculait la statue de la sainte. Le cardinal Sarah, envoyé du pape Léon XIV, saluait une à une les Sœurs installées à l’ombre des bâtiments.
Le 12 août 2025, les obsèques de Sœur Marie-Vianney ont été célébrées, dans la grande chapelle de Kerbertrand, par le père Paul Tavis, Curé de Quimperlé, assisté du Père Gustave. Pour entourer les Sœurs, il y avait l’un de ses frères, les associés, Annie Auffret, Gilles Belléguic et moi-même. Un moment, empreint de solennité, m’a ému lorsque les Sœurs déposèrent sa croix d’Ursuline et son alliance sur le cercueil, signe de son union au Christ. Une fois la cérémonie terminée, le corbillard prêt à partir, les amis et les sœurs se saluaient. Mon œil fut alors attiré, l’espace d’une demi-seconde, par un objet brillant et rond, à même le goudron de la cour. Il ne s’agissait ni d’une pièce de monnaie, ni d’une capsule de bière ou autre, ni d’une rondelle tombée d’un fourgon d’artisan, mais d’une petite alliance en or ; l’alliance de la défunte. La rentrée scolaire approchant, cette alliance aurait pu être retrouvée par une élève qui, heureuse de sa découverte, l’aurait portée, toute fière de la montrer à ses parents. En n’imaginant pas qu’à l’image du Saint Curé d’Ars, dont le centenaire de la canonisation est fêté cette même année, une religieuse l’avait portée sa vie entière pour suivre le Christ. Cette gamine n’aurait-elle pas été appelée à son tour ? Cela dit, à cause de mon intervention, rien de ce que je viens d’imaginer ne se réalisera. C’est dommage, car les vocations manquent en ces temps de fermetures de communautés. Cet anneau, je le compare à un maillon de la grande chaîne des Ursulines, qui, depuis des siècles, ont jeté l’ancre du bateau de Saint-Angèle Merici, leur fondatrice, sur les rives de la Laïta, sans jamais baisser les voiles. J’ai alors remis le précieux anneau en main propre à Sœur Marie-Claudine Coin, Prieure actuelle
© Ronan Perennou — septembre 2025.
Notes aux lecteurs :
1 – Les Ursulines : Congrégation fondée au XVIᵉ siècle par sainte Angèle Merici (1474-1540) à Brescia (Italie), consacrée à l’éducation des jeunes filles et à la vie spirituelle. Elles se sont implantées en Bretagne dès le XVIIᵉ siècle.
2 – Quimperlé : Ville du Finistère, au confluent de l’Isole et de l’Ellé, qui abrite encore une communauté Ursuline, la dernière de Bretagne.
3 – Sainte-Anne-d’Auray : haut lieu de pèlerinage breton depuis les apparitions de sainte Anne au XVIIᵉ siècle, lieu emblématique de rassemblements religieux.
4 – « Perdue dans sa tête » : Allusion exprimée avec tendresse au vieillissement cérébral. Expression très « bretonne ».
5 – Troménie : Procession religieuse organisée à l’occasion du jubilé, consistant à visiter toutes les paroisses du diocèse du Morbihan.
6 – Saint Curé d’Ars (Jean-Marie Vianney, 1786-1859) : patron de tous les Curés, canonisé en 1925. Le texte rappelle le centenaire de sa canonisation (2025). Rappelons que ce sont les obsèques de Sr Marie-Vianney.
7 – Laïta : fleuve côtier formé par la réunion des rivières Ellé et Isole à Quimperlé. Symbole de l’ancrage des Ursulines dans ce territoire.
8 – « Sans jamais baisser les voiles » : Métaphore maritime, évocatrice du grand imaginaire breton lié à la mer : l’ancre du bateau de sainte Angèle sur la Laïta, mais également les voiles des Sœurs.