Vacances à Champsac – Haute-Vienne.

Un village de Haute-Vienne dans les années 1950, des routes encore en terre, l’eau que l’on va chercher à la fontaine, les vaches traversant le bourg, le forgeron, les parties de pêche, les moissons et la frairie de septembre… Dans « Vacances à Champsac », William nous entraîne dans les souvenirs de ses vacances d’enfant chez ses grands-parents. Il raconte avec tendresse, humour et parfois émotion la vie quotidienne d’un petit village où tout le monde se connaissait, peuplé de personnages hauts en couleur et d’animaux familiers.
Au fil des pages ressurgit tout un monde aujourd’hui disparu : les artisans et les commerçants du bourg, les travaux des champs, les premières automobiles et les tracteurs, les jeux d’enfants, les fêtes villageoises et mille petites scènes restées intactes dans la mémoire. Mais derrière l’anecdote se dessine surtout le récit très personnel d’une enfance heureuse et d’un profond attachement à Champsac, ce « pays des feuillardiers » auquel William consacre aujourd’hui ses souvenirs. Un retour vers le passé qui, soixante-dix ans plus tard, fait encore naître la nostalgie et l’émotion.

C’est l’été, je suis en vacances, réveillé par un tintement de marteau sur l’enclume du forgeron à trois maisons de là. Le soleil passe à travers les volets. La fenêtre est orientée vers l’est et domine la campagne bien au-delà de la tour des Cars (relais de télévision) située à plus d’une quinzaine de kilomètres. Il doit bien être neuf heures. La fenêtre est ouverte, et on sent déjà la chaleur et l’odeur de la campagne.
Je suis dans la chambre au premier étage d’une maison en plein bourg. Dehors, un espace où les poules sont en liberté, donne sur une route en pente non goudronnée. Les vaches passent matin et soir pour aller ou rentrer des prés. Bien sûr il y a le chien, et au moindre écart il leur mord la patte arrière. Les vaches le savaient et filaient doux. Quelques bouses sont laissées au passage sur lesquelles il ne fallait pas marcher quand elles étaient fraîches, au risque de glisser. Cela apportait un calme relatif et une odeur particulière.
Surtout qu’un voisin, de l’autre côté de cette rue, déposait la paille du nettoyage quotidien de son étable sur le tas de fumier. Une fois par an, il chargeait cela dans son tombereau tiré par un attelage de deux vaches. Cela était étalé dans les champs comme engrais. Je n’ai jamais vu de cheval ni de bœuf au travail. Autrefois, il devait y avoir des ânes car dans toutes les maisons, il y avait un abri pour ces bêtes, mais je n’ai pas connu.
Nous sommes dans les années 1950, j’avais 4-5 ans. Venant de Chaville-Viroflay, j’y étais tous les étés chez mes grands-parents maternels. Ce village, Champsac, est situé en Haute-Vienne, près de Limoges. L’économie reposait sur les feuillardiers, hommes qui fabriquaient à partir du châtaignier des feuillards et des tiges souples servant à cercler les barriques ou à faire des paniers. (*).
Les routes étaient en terre, pas d’eau courante, ni d’égout. L’eau usagée s’écoulait dans le caniveau. Deux seaux d’eau suffisaient pour la journée que nous allions chercher à la fontaine, à 200 mètres de là. Mon grand-père se servait d’un cerceau pour écarter les seaux afin de ne pas s’éclabousser les pieds. Il ne se séparait jamais d’une aiguille sur le revers de sa veste, d’un canif et d’un petit bout de ficelle.
C’était une fontaine qu’il fallait actionner par le bras et parfois pomper longuement dans le vide pour la réamorcer. L’eau était pure, claire et toujours fraîche. En face de chez nous, il y avait un autre type de fontaine. Il fallait faire tourner une énorme roue mais elle était privée. Dommage, elle n’était qu’à 50 mètres.
Il y avait, dans le même secteur, le vieux cimetière abandonné. J’avais interdiction d’y pénétrer, sous prétexte qu’il y avait des vipères dans les hautes herbes. Bien sûr, j’y suis allé, mais pas à l’aise du tout en poussant le portail grinçant et tout rouillé. Ce cimetière renfermait de vieilles pierres tombales, sur lesquelles étaient scellés de gros médaillons en verre avec des photographies. Cela devait dater des années 1900. Je n’y suis pas retourné souvent, car l’état n’était pas engageant et cela faisait même un peu peur.
(*) Un feuillardier est un artisan forestier spécialisé dans la coupe et le travail de jeunes pousses de bois (le plus souvent du châtaignier) pour fabriquer des « feuillards », c’est-à-dire des lattes ou des cercles en bois destinés à cercler les tonneaux et les barriques.

Cette maison, située à Champsac, comptait deux grandes pièces au rez-de-chaussée et deux chambres à l’étage. Elle venait de mon arrière-grand-père et peut-être même au-delà. Un François Fayemendie qui a donné naissance à sept enfants :
– deux filles, Marie-Louise (1894-1974) et Marie Jeanne Alix (1900-1987).
– deux fils : André (1896-1941) et Henri-Adolphe. (1908-1915 : Henri décédera par noyade, à l’âge de 7ans, dans l’étang sous le nouveau cimetière avec son cousin Pierre Ferdinand Alphonse Ratinaud âgé de 4 ans).
– Adolphe (1903-1908), décédé à 5ans.
– Les jumeaux, Marguerite et Alfred, nés en 1906, ne vécurent qu’une journée.
Ce grand-parent, que j’ai très peu connu, était un touche à tout, parait-il, réparateur de vélos et un as du système D.  Je dois tenir de lui. Je me souviens qu’à table il m’attrapait le cou avec sa canne lorsque je courais un peu trop dans la salle. Son épouse, née Marie Ratinaud, surnommée Fanfan, faisait bistrot et restauration aux gens de passage. Dans la salle du fond il y avait dancing en fin de semaine

Louise, ma grand-mère, a hérité de cette maison et Alix, sa sœur, d’une maison adjacente, nouvellement construite en briques apparentes et relativement moderne. Il y avait un chauffage central, des radiateurs en fonte et l’eau courante alimentée par une pompe électrique, bruyante, qui se mettait en marche en cas de puisage. Cela devait être une maison secondaire. Son mari, Jean Cany, était tailleur d’habits sur mesure à Limoges. Étaient-ils assez riches ? Pendant la guerre de 40, ils sont venus s’y réfugier avec leur fils Jacques. Je crois qu’il avait refusé l’incorporation dans l’armée et qu’il se se cachait. Il est décédé, semble-t-il, d’une méningite foudroyante, à la sortie de la guerre (1). Ma tante Alix, que l’on appelait tante Cany, allait chaque soir sur sa tombe, dans le nouveau cimetière, et, au retour, s’arrêtait chez le boulanger Nadaud (2) pour prendre son pot de lait. La tournée, qui ne dépasse pas 500 mètres, était longue en durée, car les rencontres et les papotages étaient nombreux. Elle était toujours habillée de noir.
(1) Jacques Jean Henri Cany, professeur adjoint, est né le 5 avril 1923 à Limoges et décédé célibataire le 6 avril 1946 à Limoges.
(2) Martial Nadaud (1892-1977), époux de Marie Goursaud.

La rue devant la maison descend sur la gauche devant chez les Ratinaud (1) et va vers le carrefour des Quatre Coins. Sur la droite, en contigu, la maison de « la Michélon » (2), le forgeron, les Delavaud, épiciers bar-tabac et essence avec la pompe à 2 vases cylindriques de 5 litres, le garagiste et le champ de foire sur lequel il y a la baraque de pesage. Perpendiculairement, la route principale (goudronnée) et en face un immense pré avec au centre un chêne majestueux et sur le côté le lavoir. Ce pré devait appartenir au docteur Nicolas, dont la maison, flanquée de deux petites tourelles, était sur la gauche. L’eau devait être saine, car il y avait là de nombreuses grenouilles. On s’amusait à les faire sauter, à l’aide d’une canne à pêche sans hameçon, sur un petit carré de chiffon rouge. Il y avait beaucoup de petits têtards dans l’eau et on observait chaque jour leur métamorphose.
Au carrefour du champ de foire, en allant sur la droite, on passe devant la fontaine puis, un peu plus loin, devant la boulangerie Nadaud, avec sur le côté un appentis où se trouvait le fournil. Le four était voûté en pierres réfractaires massives. Plus loin, à une centaine de mètres, il y avait le nouveau cimetière.
Sur la gauche du champ de foire, trônaient la poste, l’église, la place avec son chêne plus que centenaire, la maison Parthonnaud (3), café et ancien boulanger, Gauthier (4) le cordonnier, et Dauriat (5) l’épicier qui tous les jours, avec son petit fourgon, allait faire la tournée de ravitaillement dans les environs. Le boucher et le boulanger faisaient aussi les tournées.

(1) Pierre Ratinaud (1885-1959), agriculteur propriétaire et marchand, et Marie Ratinaud (1892-1971).
(2) Françoise Michelon (1876-1961), épouse de Jean Vergnenègre, cantonnier.
(3) Pierre Parthonnaud (1897-1975) et Marie Yvonne Treillard (1901-1980).
(4) Henri Marcel Gauthier (1906-1992) et Marie Gourinchas (1909-2001).
(5) André « Pierre » Dauriat (1897-1966) et Marie Louise Bordas (1904-1996).

En continuant, on passe devant une rue qui monte sur la droite à la maison Denys, boucherie, café, restauration, hôtel, (1) et à la maison du docteur Nicolas (2). Plus loin, une autre pompe à eau, l’école, les Raffier café-épicerie, la mairie avec en face un grand terrain municipal et la piste de boules bordée de deux cerisiers. On y construisit plus tard une salle des fêtes.
Pour finir le tour du village, il y avait une maison dans laquelle j’allais souvent, en dessous du vieux cimetière : la maison de Jean (« Jajean« ) Denys (1903-1967) et d’Hortense (née Richard 1910-2005), une belle ferme. Il a été le premier à disposer d’une automobile, une Citroën Traction, d’un tracteur et d’un camion genre Berliet, je crois. La cuisine-séjour était une petite pièce avec sol en terre battue. Un escalier. J’étais souvent assis en surplomb de la table, je les regardais manger le repas préparé par Hortense. Il y avait un ou deux journaliers. Les poules aussi s’invitaient dans la pièce, Hortense les chassait avec un balai de genêts. Cette pièce était au-dessus de la cave où Gaston (1926-2013), le fils de la maison, entreposait d’innombrables caisses de vin. Il était à l’économat de la caserne de CRS de Bellac. À mon avis, les fournisseurs devaient lui faire de beaux cadeaux. Le week-end, il passait son temps avec les copains à jouer au tarot toute la nuit. Au petit matin, il disait qu’il ne se sentait pas trop bien, mais il oubliait de dire qu’ils avaient vidé plus d’une bouteille de whisky !
J’ai été déçu de son comportement la dernière fois que je l’ai vu. Me faisant visiter sa cave, il n’avait pas ouvert une bonne bouteille pour l’apéritif auquel nous étions conviés. Et, j’ai été outré de la réflexion sur sa mère. Àgée peut-être de 90 ans, devenue impotente, il la traitait de boulet. Je crois que malheureusement c’était au premier degré. Quand Jajean essuyait son couteau sur son pantalon, c’était l’heure de servir le café dans le verre et de retourner aux champs.
(1) Pierre Denys, dit Léon, (1900-1976) et Honorine, dite Céline, Peylet 
(2) Marie Eugène NICOLAS, fils de notaire, né à Champsac le 8 décembre 1879, marié le 21 juillet 1908 à Denise Marie Dalliès. Décédé le 26 février 1965 à Champsac. Maire de Champsac de 1902 à 1965, Sénateur de la Haute-Vienne de 1935 à 1940. Chevalier de la Légion d’honneur.

Quand il avait un empêchement, j’allais chercher ses vaches du côté de la Gorce. Les vaches, toujours dans le même ordre, remontaient paisiblement de part et d’autre de la route en file indienne. Elles connaissaient parfaitement l’itinéraire, et se séparaient à l’arrivée en deux groupes car il y avait deux étables. Chacune allant à sa place attitrée.
Jajean, négociant en fourrage, faisait entre autres la livraison de paille pour l’armée sur Limoges. Il allait tous les ans au salon de l’agriculture de Paris. Je crois que c’était une grosse ferme et qu’il était dans la modernité. Ce village devait avoir au plus 500 habitants. Cinq cafés, quatre épiceries, une boucherie, une boulangerie, un forgeron, un garagiste. Tout le monde se connaissait, et les potins allaient sûrement bon train.
Rentrant des champs, les vaches tirant la charrette remplie de foin ou de gerbes de blé s’arrêtaient d’elles-mêmes devant le bistrot. À de grandes tables en bois massif, assis sur des bancs, chacun commandait la fillette de rouge. Ça discutait à bâtons rompus. Je ne comprenais pas tout, de plus, ils parlaient en patois. Moi qui ne suis pas doué pour les langues… mais il y avait une certaine chaleur, une bonne ambiance et j’avais ma menthe à l’eau.
Je connaissais tout le monde, et je pouvais rentrer partout. Bien sûr, on savait qui j’étais. J’étais copain avec tous les chiens du village et les petits veaux que j’allais voir dans leur étable. Ils léchaient mes plaies des diverses chutes et bêtises avec leur langue râpeuse. Je crois que j’en guérissais plus vite. Les vaches me faisaient un peu peur et je me contentais de les approcher que devant le râtelier. Chacune avait sa place avec une chaîne autour du cou. Elles avaient un petit cube de sel sur lequel elles frottaient leur naseau. Celui-ci était froid, un peu humide.
Hortense faisait chaque soir la traite, conservait-elle le lait ? En tout cas elle en donnait aux petits veaux qui avalaient le seau cul-sec en une poignée de secondes. Il faisait sombre dans cette étable. Une petite ouverture pour laisser passer l’air et au-dessus, en plafond, le stock de fourrage et de paille.

Il y avait aussi les cochons. Sur une espèce de foyer, chauffait une grande bassine, dans laquelle mijotaient les légumes : choux, pommes de terre, carottes. Ça sentait bon et c’était appétissant. En fin de cuisson, elle ajoutait un seau de son. Ce beau monde, veau et cochon, était destiné à l’abattoir. C’est Denys frère qui se chargeait de cette tâche. Je suis encore marqué de ce que j’ai vu dans son « laboratoire ». Le veau était ligoté, et avec une batte comme pour laver le linge, il assommait la pauvre bête d’un énorme coup. Il donnait ensuite certainement le coup de grâce, que je n’ai pas vu. Puis, par un petit trou pratiqué sur le ventre de l’animal, il passait un tuyau par lequel il insufflait de l’air à l’aide d’une pompe à pied de gonflage de vélo. Cela décollait la peau et facilitait le dépeçage. Soixante-dix ans après, j’ai encore l’image intacte gravée dans ma mémoire.
À la boucherie, il ne fallait pas demander un morceau particulier, mais « qu’avez-vous de disponible aujourd’hui ou demain ?».
Ma grand-mère aimait bien que je vienne avec elle faire les courses, car sur sa balance le boucher calculait le prix et arrondissait bien souvent à son avantage. Moi, je regardais le tarif affiché au tableau et je calculais le prix en fonction du poids. Quand c’était des chiffres ronds ou des tranches de 50 g, je calculais aisément. J’arrivais à lui faire remarquer qu’il se trompait. Alors, il remettait sur la balance et disait : « T’as raison, mon petit ». Il « carottait » régulièrement d’une vingtaine de centimes. Quand il me voyait, il calculait au juste prix, à la grande satisfaction de ma grand-mère. Mais il était sympathique, et dans la pièce voisine, le bistrot, il n’hésitait pas à arroser clientèle et consommateurs.
Pour rester dans les moments horribles, dans le hangar devant le vieux cimetière, j’ai entendu la tuerie d’un cochon. Un silence pesant avec le hurlement-grognement de la bête égorgée. L’agonie est longue. Les proches avaient le soir même une part de boudin. Les poules, ce n’était pas plus reluisant. Mon oncle Cany, attrapait la bestiole, un coup de couteau dans le cou, et la pendait par les pieds tête en bas pour la vider de son sang. La bête se tortillait tant bien que mal, avec battement d’ailes de désespoir, jusqu’à épuisement. Je passe sur les lapins car l’abattage se faisait plus discrètement. Oui, tout ce monde était bien nourri, mais pour finir à la casserole.

Le soir, mon oncle appelait ses poules à venir manger. Il criait piti, piti, piti. Elles arrivaient en courant, traversant la route, pour une poignée de grains de blé. Ensuite, elles allaient au poulailler. Il leur fallait monter une échelle de 2 mètres au moins. Peut-être était-ce pour se protéger des prédateurs. Cet oncle ne devait pas faire plus de deux costumes par an. Mon père disait : « Il a appris à faire la coupe d’une certaine façon et il ne sait rien faire d’autre ». C’était, parait-il, plus que démodé, mais du sur mesure. 
Il avait un superbe jardin derrière la maison, et un autre dans un champ aux alentours. Il possédait une petite remorque en bois, légère, mignonne comme tout, accrochée à son vélo et il ramenait les légumes. En pleine période, les haricots verts, après effilage, étaient suspendus comme du linge à sécher sur un fil installé dans une pièce à côté de son atelier de confection.
Dans le hangar, il y avait la Simca 5 noire. Un jour, ma tante s’est coupé une phalange du petit doigt en refermant la portière. Ça doit faire mal. Le dimanche parfois, ils allaient à Saint-Junien chez leurs amis. C’était un grand jour. La voiture était sortie dans la cour, époussetée à la Nénette. Je montais à l’arrière, assis sur la roue de secours, ce n’était pas rembourré. Ça sentait l’odeur caractéristique huileuse des vieilles voitures. J’avais peur quand il conduisait. Pour économiser l’essence, en haut des côtes, il coupait le moteur et descendait en roue libre. Néanmoins, on arrivait. Il est vrai qu’à l’époque la circulation était beaucoup moins dense. À un repas, je n’ai pas voulu manger le lapin. Ils insistaient : « Parce que cela ressemble à du chat ? » Je n’ai jamais osé dire oui.
À Saint-Junien, ma tante se fournissait en gants de peau prédécoupée et prépercée. Elle faisait le montage avec un gros fil noir. C’était rétribué à la pièce. Toute la région arrondissait les fins de mois avec ces gants. La fabrique existe toujours, paraît-il. Ce sont des gants très haut de gamme.
Entre le garage et le jardin, il y avait les tinettes. Une fosse avec planches croisées. Le papier, c’était du journal, ça arrache ! Une fois par an, avec mon grand-père, on vidait la fosse à l’aide d’un matériel destiné uniquement à cet usage. Une grosse louche à long manche et un seau en ferraille. Il déposait la matière sur le compost.

Une fois, le seau un peu trop usé y a laissé son fond de culotte et tout s’est étalé dans la remise. Accroupi pour faire ses besoins n’était pas chose facile, surtout au relevage. Une corde était installée pour aider à se hisser. C’est là qu’un jour, mon grand-père a fait un effort qui lui fut fatal. Il devait avoir une phlébite. Il a crié Alix, on l’a rapatrié dans la maison. C’était un dimanche matin, et on m’a demandé d’aller chercher le curé. Quand j’ai poussé la porte de l’église, le curé finissait sa messe et chacun comprenait qu’il se passait quelque chose d’anormal. Les fidèles, femmes à gauche, les hommes à droite. Dans la sacristie, j’ai dit au curé que mon grand-père était au plus mal, et il est venu dans les trois minutes. 

C’est ainsi que mon pépé est parti. Il était natif de La Pouméroulie sur la commune d’Oradour-sur-Vayres. Il s’appelait Maurice Andrieux, gendarme à cheval, chef de Brigade.  Sa soeur Louise était mariée à un capitaine de gendarmerie, Benoit Gorre. Ils ont donc souvent changé de régions. Mon grand-père a été muté, entre-autres, à Saint-Germain-en Laye, Chaville, etc. Il avait appris à monter comme élève à la Légion de Gendarmerie de Paris en 1914. Il deviendra gendarme à cheval le 14 août 1916.
Ma tante Louise était certainement très érudite, je pense. Il suffisait de lui donner la définition d’un mot croisé, même sans le nombre de lettres, elle avait la solution. Mon grand-père aussi devait avoir de la culture, bien qu’il n’ait eu que son certificat d’études. Il ne faisait aucune faute d’orthographe. Assis dans son fauteuil club en cuir, il passait un bon moment de la journée à faire les mots croisés du Figaro. Ça devait mettre assez souvent ma grand-mère en colère, à tel point qu’elle lui a lancé un couteau. Elle piquait des crises mémorables, et ressassait depuis peut-être plus de trente ans les mêmes griefs. Elle répétait souvent le nom de la Montensier, qui, à la caserne de Chaville, devait être au cœur d’une intrigue et d’une soirée bien arrosée.

À Chaville, elle s’est retrouvée à habiter sur notre palier. J’avais interdiction, par ma grand-mère, de lui adresser la parole. Silence aussi du côté de ma mère ! Sujet tabou. Bonne pâte, de son logement, il descendait à la cave quand cela devenait trop chaud. Il s’était aménagé un petit espace à côté du tas de charbon. J’allais le voir, j’étais tout triste pour lui, et il me disait : « Bah, c’est comme ça ». Mon grand-père ne m’a jamais appris à pêcher. Savait-il le faire ? Toutefois, on allait assez souvent aux écrevisses. Dans des balances (petit filet circulaire de 30 cm de diamètre), on mettait de la viande que nous donnait le boucher, et on les disposait tous les 10 mètres au fond du ruisseau, profond d’une cinquantaine de centimètres. Quelques minutes après, on relevait ces balances pour recueillir les bestioles. À table, c’était plus qu’un buisson d’écrevisses. Une montagne. Il savait aussi trouver les girolles, il connaissait les coins. En route en vélo vers Châlus, à 7 km, on faisait des haltes pour les trouver. Pas de cèpes mais ça ne devait pas être la saison. Nous allions voir sa sœur, et faire les quelques courses nécessaires, car c’était la relativement grande ville la plus proche. Sinon c’était Limoges. En arrivant dans cette ville de Chalus, il y avait une grande tour de défense. Mon grand-père me montrait en surplomb l’endroit où, approximativement, Richard Cœur de Lion aurait reçu une flèche mortelle à l’aisselle en donnant le signal d’attaque en levant le bras. Cette tour du 13ᵉ siècle, non entretenue, s’est effondrée en pleine nuit en 1994.

L’eau courante est arrivée dans les années 58.
Tout était installé quand je suis revenu. Les routes goudronnées, les voitures commençaient d’apparaître ainsi que les tracteurs. L’âme du bourg commençait à disparaître. Plus de seau sur l’évier de pierre sur lequel était posée la petite écuelle en bois. Les poules se faisaient écraser car elles ne s’écartaient pas assez vite quand les véhicules passaient. Le forgeron avait installé un marteau-pilon électrique. Il restait tout de même la grande cheminée dans laquelle il faisait rougir le fer. Même l’énorme soufflet accroché au plafond avait été remplacé par un ventilateur électrique, mais il était resté en place.
Sur le côté, il y avait une sorte de tunnel, solide construction en bois, dans lequel il faisait entrer les vaches. Elles étaient immobilisées à l’aide de cordages et même légèrement soulevées du sol par des sangles pour qu’elles ne se débattent pas. Ce n’était pas une installation de torture mais un endroit pour pouvoir mettre les fers aux animaux. Je crois que seules les vaches qui travaillaient étaient ferrées. C’était un travail impressionnant. Parfois l’animal s’énervait mais le tunnel était solide. Il raffûtait aussi de petits triangles d’acier qui servaient de lame pour faucher le blé et bien d’autres choses.

Une année, venant de Chaville, dans la première voiture de mes parents, une Hillman d’occase, avec le chat, le bocal rond du poisson rouge, nous sommes tombés en panne à Séreilhac. C’était le premier grand voyage en voiture. Une voiture anglaise, conduite à droite, siège en cuir. Elle n’a pas tenu la distance. À 10 km de l’arrivée, une ailette du ventilateur avait cassé. Mon père assis dans l’herbe sur le bas-côté de la route était catastrophé. Comment ont-ils réussi à joindre le garage Delavaud de Champsac ? Une bonne heure après, peut-être plus, Delavaud (1) est arrivé avec sa dépanneuse et nous a remorqués. Le lendemain, avec le forgeron, ils avaient envisagé de réparer la pièce à la forge, sachant qu’il était improbable d’en obtenir une neuve.
Tous les colis étaient livrés par le car du soir. Il s’arrêtait devant la maison Parthenaud, place de l’église. Un car avec deux carreaux à l’avant et une galerie pour les encombrants. Chaque soir vers 18 heures 30, nous allions voir l’arrivée de ce car. C’était une distraction. Nous n’avions pas de télé, pas de téléphone. Dans cette rue principale, sur mon petit vélo bleu, partant de la place, dans la descente, je fonçais jusqu’à la fontaine.
Mais, un jour, j’ai dérapé et j’ai pris une gamelle magistrale. Je ne sais pas comment je suis rentré. On m’a allongé sur le lit avec un linge humide sur la tête. Tout d’un coup, j’ai crié que je n’y voyais plus rien. Le noir complet. J’ai pressenti un affolement. « Va chercher le docteur Nicolas ». J’ai entendu la glace de la porte de l’armoire se casser dans la précipitation. Je sentais que c’était la panique. Le toubib est arrivé, n’a pas dû faire grand-chose, mais la vue est revenue une ou deux heures après.
(1) Roger Delavaud (1915-2007) et Aline Andraud (1926-2017), son épouse. Roger est originaire de Rochechouart en Haute-Vienne. Son épouse est de Champsac.

Un autre gros coup : c’était le jour de la batteuse chez Ratinaud. La batteuse était installée devant le vieux cimetière. Le tracteur, la batteuse et la petite remorque qui faisait les ballots de paille. Tout ceci était activé par de longues courroies. Parfois elles cassaient et tout s’arrêtait. C’était une véritable fourmilière. Chacun venait donner un coup de main, à charge de revanche. Un énorme repas était préparé par les femmes. Moi, je ne pouvais pas porter les gerbes, les sacs de grains ni les ballots. Mon travail était de porter à boire. C’était du vin bu directement au goulot, et bien sûr, chacun voulait que je boive un petit coup. Subitement je commençais à divaguer. Je me suis dirigé vers la maison, les images se dédoublaient, je suis directement monté dans la chambre. Allongé, je voyais le plafond tourner. Ma mère a immédiatement compris ce qui m’arrivait. C’était ma première cuite.

Fin août, les moissons étaient terminées et la fête pouvait commencer. Le premier dimanche de septembre, c’était la frairie. Sur la place de l’église, il y avait deux manèges : le manège enfants, avec la queue du singe qu’il fallait attraper pour gagner un tour, le pousse-pousse pour les grands. Des sièges nacelles individuels suspendus à des chaînes qui tournaient très vite. Le long de la route principale, le stand de tirs, les baraques de gourmandises avec guimauve, pomme d’amour, nougatine, la roue de loterie. Je crois que dans la cour du café Denys, il y avait les autos-tamponneuses, mais ce n’est pas un souvenir marquant. Par contre, il y avait le parquet. La baraque dancing, un préfabriqué installé à l’aide de panneaux de bois. C’était installé pour le week-end et démonté aussitôt pour aller sur un autre village. Au champ de foire, le mât de cocagne de 5 mètres environ, avec des lots accrochés au sommet.  Au début, le mât était glissant, peut-être même savonné. Au fil des essais, cela l’était moins et les lots commençaient d’être décrochés.
Dans la matinée, il y avait le défilé des jeunes en couple habillés en costume local, trouvé dans les greniers des parents. 

Des jeux étaient organisés où on gagnait quelques petits sous. Nous étions au moins cinq à souffler dans un petit pot de farine jusqu’à apercevoir la piécette cachée. Il fallait être le premier à la découvrir pour gagner. On était recouverts de farine, et les spectateurs rigolaient de nous voir. La course en sac à patates et bien d’autres jeux, mais je ne me souviens plus. Tout le monde était sur son 31. Les fillettes au bistrot descendaient grand train, mais également le Pernod, le Dubonnet, le Cinzano et la Suze. La Suze-Cassis, surnommée le fond de culotte, car il ne s’use qu’assis. Le père Ratinaud devait être comme moi le jour de la batteuse. Passant devant notre maison, l’observant de notre perron, la démarche n’était pas très assurée. De ce perron, en regardant à droite donc vers l’ouest, on regardait le coucher de soleil derrière le chêne du champ de Nicolas. Quand le ciel était rouge, c’était signe de beau temps pour le lendemain. De là, mon grand-père, me disait qu’il avait vu des flammes et le rougeoiement du ciel pendant toute une nuit. C’était le 10 juin 1944, le massacre d’Oradour-sur-Glane. Village situé à moins d’une trentaine de kms.
Dans la maison d’à côté, où rentrait le père Ratinaud, il y avait madame. Elle devait être cousine germaine avec mon arrière-grand-mère (Fanfan). Ils avaient deux filles, Fernande mariée à Sauviat et Raymonde, mariée au docteur Bourras de la médecine du travail à Limoges. Raymonde avait trois enfants de mon âge. Jean, Pierre et Martine. J’ai beaucoup joué avec Pierre, dans la grande et longue salle, utilisée pour les banquets de la batteuse, entre autres.
Fernande n’avait pas d’enfant et elle me gâtait autant qu’il était possible. C’était une excellente cuisinière, et elle me confectionnait souvent des pâtisseries. À une époque, ils ont tenu un restaurant rue Lepic à Montmartre, à mon grand étonnement. Sauviat avait un chien (je viens de rechercher la race sur Google) un berger belge Groenendael. Intelligent, fiable, protecteur. Il est calme et joueur. C’est bien lui. Sultan. Il était souvent avec moi, et quand son maître lui disait : « Parlo Sultan » il aboyait. *
* Jean Sauviat était agriculteur propriétaire. Raymonde Ratinaud (1919-2018) était professeur de français mariée à Charles Bourras, médecin (1917-2010).

Jean Sauviat (1914-2010)
Ratinaud Fernande
Fernande Ratinaud (1917-2004)

À Chaville, des mois avant de revenir à Champsac, je demandais à ma mère de lui garder les os de poulet. Sauviat était originaire de Saint-Anne-Saint-Priest. Un jour il me dit : « Demain matin je t’emmène aux champignons si tu veux. » Je suis arrivé en tongs de plage. « Pauvre malheureux, tu vas te faire mordre par les vipères. » Il m’a prêté une paire de bottes trois fois trop grandes pour moi. Mon père, qui s’ennuyait un peu chez sa belle-mère, allait l’aider à charger les bottes de blé sur la charrette. À bout de fourche, il les soulevait jusqu’à au moins trois mètres. Moi, avec un râteau en bois, je glanais les brins de paille restés à terre. Parfois je faisais avancer les vaches vers une autre meule. Il fallait simplement poser un grand bâton au milieu du joug et avancer. Les vaches suivaient.
Mon chat Miki vadrouillait par derrière leur maison, puis vers un petit hameau donnant sur un immense pré. Il s’était approprié le territoire, et y passait la journée. Il ne faisait pas la sieste, lui qui à Chaville, au 5ᵉ étage, passait ses journées à dormir dans le bas de l’armoire sur un oreiller. Le soir il revenait par la fontaine. Il pressentait quand nous allions rentrer. Le jour J, on fermait toutes les portes, mais il arrivait toujours à se cavaler. Pour le retrouver, c’était une sacrée paire de manches. Et, à son bon vouloir.

Sultan
Sultan
Miki

Au fournil, Nadaud travaillait torse nu tellement il y faisait chaud. Dans le four, le feu de bois était allumé très tôt, à l’aurore. Le pain à cuire était dans des corbeilles d’osier. La mêlée, pain de 2 kgs au moins (pain traditionnel mi-gris, fait d’un mélange de farine de froment (blé) et de farine intégrale, offrant une mie tendre, un goût plus prononcé que le pain blanc et une très bonne conservation), la petite et grande couronne. Pas de viennoiseries. Il me confectionnait spécialement de petits pains individuels que je ramenais fièrement à la maison. Vers les neuf heures, il ôtait les cendres du four et balayait proprement la dalle. Un par un, il déposait le pain dans un ordre bien calculé. À chaque fois, il refermait la porte de fonte. Une fois tout rentré, il mettait des braises au pied de la porte pour éviter les déperditions de chaleur.
Parfois, on lui amenait des terrines et des tourtières à faire cuire. Il devait faire cela pour rendre service. Dans la boutique, très peu payaient en liquide. Les clients avaient un petit carnet, et avaient un certain volume de pain à prendre en fonction du nombre de sacs de blé donnés. Une ou deux fois par semaine, le pain sorti du four était chargé dans une camionnette pour la tournée. Quand il emmenait mon grand-père, elle était beaucoup plus longue car il retrouvait tous ses copains d’enfance. Assez souvent, il n’y avait personne, mais le pain était déposé dans un endroit bien convenu.

Une autre figure de Champsac était Gauthier le cordonnier. Il avait son atelier contigu à son appartement, devant le chêne de la place de l’église. Il était assis près de la porte d’entrée, face à la place, sur un tout petit tabouret avec pour établi une petite table de 70 cm au carré maxi. Il avait un tablier de cuir, et faisait, sur ses genoux, la couture des chaussures à réparer. Avec un poinçon, il faisait un trou et passait de chaque côté un solide fil. Quand on arrivait, on lui apportait notre stock de chaussures à réparer. Le tarif des réparations étant certainement plus abordable.  Derrière lui, une machine qui ne devait plus servir très souvent, bien que des copeaux de bois jonchaient au sol. C’était une machine pour reproduire des sabots. Par un système de leviers, il parvenait à fabriquer un double. Je ne l’ai jamais vu faire. Presque plus personne ne portait de sabots, sauf pour aller au jardin. Il y avait aussi une grande caisse dans laquelle il y avait les boules de pétanque pour tout le village. Le week-end, c’était grand rassemblement sur le terrain de la salle des fêtes en face de la mairie. J’étais perché dans le cerisier et je regardais l’animation.

Fredon, si ma mémoire est bonne, était le marchand de vin. Il livrait toutes les maisons. Ce n’était pas des bouteilles ou des cubitainers mais des barriques en châtaignier. Environ 60 litres. Au début, le vin était bon, mais si la demande était calme, le vin s’éventait et devenait aigre. Quand j’allais tirer le vin, je sentais cette âcreté. Comment descendait-il ces tonneaux ?

La famille Barrière (1) était en haut du village, 1 km environ, pas loin de la gare SNCF, que je n’ai jamais vue fonctionner. En vélo, direction la route de la mairie puis une belle grimpette. Je prenais mon élan et j’allais jusqu’au virage. Je finissais la côte à pied. Au retour, c’était chouette, on se laissait descendre jusqu’au bourg sans un coup de pédale, mais prendre le virage du milieu de la descente en pleine vitesse n’était pas chose évidente et assez risqué.
Du côté de la gare, la voie de chemin de fer a été transformée en piste cyclable jusqu’à Chalus et Oradour-sur-Vayres de l’autre côté. De mon temps, elle n’existait pas. Dommage, car il n’y a plus de côte. Cet axe est la ligne de démarcation du partage des eaux de pluie. Vers la Garonne ou la Loire. Nous avions un terrain cultivable dans ces environs. Sans être loué officiellement, un paysan s’en servait en échange de quelques sacs de patates par an. La DDE en a pris un morceau pour atténuer les virages de la route de Châlus. Aucun papier d’expropriation, peut-être que personne ne s’en est occupé ou a mis cela sous le coude. Il en a été de même pour un hangar en face de la maison. Démoli sans avertissement. C’était l’atelier de réparation de vélo. Mon père l’avait transformé en garage pour voiture en confectionnant une porte sur le côté. À l’époque, les paperasseries étaient secondaires. Lors de la succession de ma tante Cany, ils ont simplement omis de consigner un terrain cultivable d’environ sept hectares. Ma tante Geneviève payait les taxes foncières de propriété. Quand on a décidé de vendre Champsac, qui était en indivision entre les trois sœurs, Jeanne, Geneviève, et ma mère, j’ai mis sur le tapis le problème de cet impôt.
Aux impôts, à Chartres, j’ai proposé de donner ce terrain à l’État. Impossible, car pas de succession. Pourquoi ma tante payait-elle ? Elle avait commencé, donc il fallait continuer ! Ce n’était pas énorme, une trentaine d’euros. J’ai dit que ce terrain était laissé à l’abandon, et que c’était devenu un bois. Le service a déclassé ce terrain en terre forestière et n’était plus soumis à taxation, car en dessous du seuil de recouvrement. Il y a donc un terrain sans propriétaire. Mais, cela est courant, parait-il.
(1) Atoine Barrière, négociant, et son épouse Céline Londeix..

En traversant cette piste cyclable, cela nous amenait à Cussac. Sur le chemin, un bon ruisseau, la Tardoire, où mon père allait à la pêche. Une simple gaule en bambou, et pour moi une tige d’arbre. Au bout de l’hameçon, on mettait de petits morceaux de ver de terre ou des pattes de sauterelles attrapées dans le champ. Ce n’était pas une pêche miraculeuse, quelques vairons plus petits que mon petit doigt et trois ou quatre gardons en cas de réussite. Je crois qu’aucun n’a été en friture. Peut-être pour le chat. Je vous fais grâce de ses chasses de souris dans la cuisine. Il aurait pu rester pendant des heures devant la cache. Quand il en attrapait une, il lui faisait payer « cash son attente ». Nous n’avions pas de douche, et parfois on allait se laver au Gorre. Petit ruisseau dans le village à 4 km. Sinon on allait sur les bords de la Glane. C’est beaucoup plus loin et on y allait en voiture. Le paysage était magnifique. Une petite rivière avec de gros galets dans son lit, en sous-bois. J’ai en tête un tableau de Corot. Effectivement, je viens de chercher sur internet, il y a bien un site Corot à Saint-Junien.

Screenshot
La Glane

Une année, mon amie Annie Dauriat, m’a emmené à l’étang de la ferme de son père. Il y avait beaucoup de monde. Il le vidait pour faire un curage. Le long de la rigole d’évacuation de l’eau, ils attrapaient à la main les poissons qu’ils mettaient dans de grands bidons. Après tri et distribution, ils en gardaient quelques-uns pour réensemencer l’étang.
Un peu plus loin, nous arrivions sur Bousseroux. Bistro, dancing. Avec ma cousine Mireille, la dernière fois où j’ai séjourné à Champsac nous y sommes allés. Ils ne font plus que restaurant. Au menu, la tourtière. C’est la spécialité de Chalus. Une tourte de dés de pomme de terre et de petit salé. En boisson, un Pécharmant. Vin de Bergerac pas très loin de Champsac. Deux jours auparavant, j’avais essayé de faire une tourtière. La pâte du dessous était complètement détrempée. La patronne m’a expliqué mon erreur. Je n’avais pas fait revenir mes patates.
Donc : une pâte brisée en fond de moule, une farce de petit salé cuit, des dés de pomme de terre revenus à la poêle, ail, persil, un peu de crème fraiche et recouvert d’une pâte feuilletée. 3/4 d’heure au four à 180 °. Voilà. Anciennement, c’était de la pâte à pain. Ça tient au corps.

J’ai couché ma prose, sur Champsac. Je pourrais en dire beaucoup plus. Cependant, cela me fait de la peine de remuer tout ces souvenirs. De la nostalgie, oui, mais bien plus que cela. J’y ai vécu une enfance magnifique, avec des gens et des animaux sympathiques. J’y ai appris toutes les bases de la vie et quand on m’a demandé : « Alors William, comment trouves-tu Champsac maintenant ? », je n’ai pas pu répondre, la gorge était nouée et les larmes me venaient.

Il faut que je referme cette page. Je me suis décidé à écrire sur un coup de tête, pour satisfaire ma cousine Mireille, entre autres, qui me disait de consigner mes mémoires, ayant une profusion de souvenirs sur Champsac. Mais aussi à ma fille Anne, qui me reproche de ne rien connaître de ma famille paternelle. Oui, une grand-mère anglaise que j’ai vue quinze jours au maximum et un grand-père inconnu. Tout a été concentré sur Champsac, le pays des feuillardiers.

© WdeS pour Panoplie de vie. Août 2026.