Je marchais !

Je marchais seul, comme automatisé, comme attiré par une longue corde qui m’entraînait vers l’avant, inexorablement.
Au détour du chemin sablonneux qui s’ouvre sur la courbe harmonieuse de la plage de Rudevent, je croisais une dame âgée, tirant au bout d’une longue laisse son petit chien Spitz nain, appelé également du joli nom de Loulou de Poméranie. Il semblait marcher derrière elle comme moi, attiré par la corde ! Comme moi il semblait heureux, sans aucun désir de se libérer de cette longe qui ne semblait pas l’entraver.
Parfois, pourtant, la laisse pesait, comme une chaine et ses boulets. Alors, je marchais triste, la tête basse, le dos vouté, les larmes coulaient sur mes joues, brouillant ma vue : ce dos vouté par la fatigue accumulée au cours de ces années de « campagnes » professionnelles m’évoquait l’Empereur Napoléon, épuisé par ses campagnes militaires, marchant , la tête basse, le dos vouté et sans doute triste (pleurait-il?) : j’avais le souvenir d’une image de l’Empereur, abandonnant un instant son cheval blanc, pour marcher devant ses troupes en retraite au retour de Russie, campagne perdue, la Bérézina !
Puis, en séchant mes larmes, je retrouvais le sourire, le rire : imitant l’envol d’une aigrette, que j’avais dérangé dans sa quête, je mis mes bras à l’horizontale comme deux ailes pour m’envoler vers la liberté céleste ! J’aperçu alors le petit chien courant sur la plage, sans laisse, il semblait voler lui aussi !
Je me souvins alors que Joséphine de Beauharnais adorait et possédait des Loulou de Poméranie. Je me demandais si l’Empereur, marchant sur les chemins boueux de la Russie, pensait comme moi qu’une longue laisse l’attirait pour rentrer en France, comme les Loulou de Joséphine !
La tristesse reprenait-elle le dessus … eh bien ! Non, je n’étais pas venu à Arz pour perdre, pour finir par un Waterloo. Oublions l’Empereur et les Loulou.
Un nouveau sourire, de nouvelles ailes ! Je repensais à Joséphine. Mais si je riais et si je volais à nouveau avec cette fois de plus longues ailes, d’ibis sacré. c’est que je voyais une autre Joséphine, Joséphine ange-gardien : un geste, un regard et tout bascule : la voilà la victoire espérée. J’y crois, grâce à Loulou et Joséphine …

Septembre 2014. Souvenir d’un séjour sur  l’île d’Arz. Texte écrit devant les eaux bleues du Golfe du Morbihan, « jeté » d’une seule traite sur un vieux cahier d’écolier … et resté au fond de mon disque dur depuis bientôt dix ans.
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