Quimperlé le 25 juillet 1920. Archives de l’Union Agricole — Édition du samedi 31 juillet 1920.
« À Kergostiou — M. Rivière, le sympathique industriel, ayant mis à la disposition de la Société Sportive son terrain de Kergostiou, la fête de dimanche s’est déroulée dans un cadre très approprié à ces manifestations. Tout y avait été fort bien disposé, depuis le terrain central, ses agrès divers, les pistes jusqu’aux bancs numérotés destinés à l’assistance. Bien que le temps fût incertain on peut être en somme content des conditions atmosphériques de la journée, sauf que la maussaderie de celle-ci en attrista la fin. Mais au moment de l’ondée, le courant de sympathie était trop fort pour que rien désormais pût nuire à l’attention dont furent entourés le saut à la perche et les courses de relais. Nos meilleures félicitations à MM. Le Querhic, président de l’U.S.Q., Nédélec, Quéré, Frasle, Février, Donard, Tréguier, Leymarie qui ont veillé à cette organisation irréprochable. Les membres de la société sportive peuvent se flatter d’avoir beaucoup fait, dimanche, pour l’avenir de l’éducation physique à Quimperlé. On sait combien les lois nouvelles, sur le service militaire, vont appeler de modifications dans l’existence de notre jeunesse nationale. Il est donc du meilleur exemple pour les plus petits et les jeunes adolescents, de voir d’anciens poilus décorés de la croix de guerre blessés même, sur le champ de bataille, ne pas se reposer sur leurs lauriers et continuer cette culture rationnelle de la force et de l’adresse qui contribue à faire l’homme complet. Tous donc, anciens et nouveaux, ont droit à nos félicitations et tout particulièrement parmi eux MM. Quiniou, Donnard, Guernec, Laudren, Euzenat, Le Gall, Bernard, Le Saëc et Quéré. Parmi les pupilles, Brient, Loisel, Calonnec, Coadou et le petit Hervé, âgé d’une douzaine d’années qui s’est montré un très bon petit athlète ». Suivent les résultats des courses des 100, 400 et 1500 mètres, puis le saut en hauteur avec et sans élan, le saut à la perche, le lancement du disque et du poids
Cette journée du dimanche 25 juillet a mobilisé les foules quimperloises. Pourtant, autour du terrain, les langues vont bon train autour d’une affaire qui mobilise les « bobottes » de la ville depuis près de 10 ans et qui, curieusement, refera son apparition dans l’édition du 31 juillet 1920 de la presse locale. Soit une semaine plus tard.
Les exploits d’un filou.
Le 27 septembre 1911, vers 7 heures et demie du soir, Jean-Louis Le Roux, âgé de 29 ans, journalier, sans domicile fixe, s’introduisait dans l’écurie dépendant de la ferme du sieur Jean Pocher, à Guilligourgan, en Mellac, et forçant, à l’aide d’une hache, la serrure des bancs-coffres placés près du lit des domestiques Péron et Tanguy, y dérobait une somme de 10 fr. 50.
Le dimanche 8 octobre, à Lande-Julien, en Riec, il s’introduisait chez la veuve Le Naour, qui était absente, ouvrait l’armoire non fermée à clef, forçant le tiroir à l’aide d’une dent de herse, s’emparait d’une somme de cinquante francs.
Le 2 février 1912, Le Roux, profitant de l’absence du sieur Nadan, cultivateur au moulin de Kernault, en Mellac, pénétra dans sa maison en brisant un carreau pour ouvrir la fenêtre, qu’il escalada ensuite ; après avoir tenté en vain de forcer l’armoire à l’aide d’une serpe, il dut se retirer emportant seulement du pain et du beurre. Le soir du même jour, Le Roux, se trouvant à Kergoaler, en Quimperlé, s’introduisit dans un grenier, au-dessus de l’écurie du sieur Nozahic, pour y passer la nuit. Le domestique Yhuel, ayant quitté vers trois heures du matin l’écurie. Le Roux descendit ouvrir le banc-coffre non fermé à clef, où se trouvaient les vêtements d’Yhuel, et y vola un paletot, une chemise, une montre en argent et une somme de 6 fr. 50.
Le lendemain 4 février, Le Roux se réfugiait, pour passer la nuit, dans le grenier situé au-dessus de l’écurie du sieur Tamic, cultivateur à Mellac. Il fractura, à l’aide d’un cercle de barrique en fer, le banc-coffre du domestique, placé dans le grenier, mais se retira sans avoir rien trouvé à sa convenance.
Le 8 février 1912, Le Roux s’introduisait à nouveau dans l’écurie de M. Pocher à Guilligourgan en Mellac, fracturait avec une hache les bancs coffres des domestiques, et s’emparait d’une somme de 3 fr. 50 qui s’y trouvait. Le lendemain 9 février, il profite de l’absence de Mme Mahé, du Paou, en Riec-sur-Bélon. Absente de chez elle pendant un quart d’heure pour aller à la rivière distante de 50 mètres environ de son habitation laver une paire de guêtres à son mari, il pénétrait chez elle et s’emparait, dans l’armoire non fermée à clef, de six œufs et d’une boule de mie de pain. Deux heures après, il pénétrait chez la dame Daniel à Kernivinen, et fracturait l’armoire, dont il volait un porte-monnaie contenant une somme de 85 francs. Le Roux avait été vu quelques instants auparavant dans les parages de la ferme ; c’est encore sûrement un de ses exploits.
L’Union Agricole relate : « Le Roux Jean est originaire de Riec, les jours derniers il était coiffé d’un chapeau de feutre mou noir et vêtu d’un veston noir et d’un pantalon à carreaux blancs et noirs. Il est activement recherché et son arrestation est imminente».
Vers deux heures de l’après-midi, le même jour, Le Roux arrivait au village de Kerancalloch, en Mellac, où habite le sieur Marc, qui était allé à la foire de Quimperlé ; après avoir essayé de fracturer la porte d’entrée avec une hache, Le Roux décela un barreau de la fenêtre, dont il cassa ensuite un carreau ; pénétrant dans la maison, il fouilla les armoires et s’empara de pain et de lard qu’il emporta après avoir bu un litre de cidre. Une somme de 1 000 francs cachée dans un lit avait échappé à ses recherches. À peu de distance de la maison Marc, Le Roux rencontrait l’habitation des époux Mahé, sise à Locquillec en Baye. Après avoir cassé un carreau et escaladé la fenêtre, il pénétra dans la maison, fouilla l’armoire et se retira sans rien emporter.
Il fut plus heureux, quelques instants plus tard au village de La Lande, où il trouva dans l’armoire non fermée à clef de la veuve Le Berre, un porte-monnaie contenant 5 fr. 25.
Le 16 février, la femme Le Bec, de Kerlidec, en Quimperlé, était au marché de cette ville, quand Le Roux pénétra chez elle, en brisant un carreau et escaladant la fenêtre. Fracturant ensuite l’armoire avec une serpe, il y prit les fonds constituant toutes les économies de la pauvre femme.
L’arrestation de Le Roux.
Les exploits de Le Roux faisaient donc la une de la presse quimperloise, les articles des 15 et 18 février de L’Union Agricole en sont la preuve en relatant les vols commis par Le Roux Jean dans les communes de Quimperlé, Moëlan, Mellac, Riec-sur-Bélon, Baye et Le Trévoux. De même , l’Écho de Bretagne, autre titre quimperlois, écrit régulièrement sur l’affaire : « Les lecteurs de l’Echo de Bretagne ont pu lire tout récemment et à différentes reprises le récit de nombreux cambriolages commis dans les communes de Quimperlé, Baye, Mellac, Le Trévoux, Moëlan et Riec-sur-Bélon. Ces vols étaient commis, dans des circonstances à peu près identiques, par le même individu, un nommé Le Roux Jean, âgé de 28 ans, originaire de Riec-sur-Bélon ».
La gendarmerie, la police, des agents de la brigade de police mobile de Rennes, qui le recherchaient depuis quelque temps étaient déconcertés de ne pouvoir parvenir à son arrestation, alors que chaque jour la série des cambriolages s’allongeait. Les policiers étaient continuellement sur les traces du voleur depuis le 15 courant et ne parvenaient pas à le saisir. Or, après avoir fait la fête à Lorient avec le produit de ses vols, Le Roux revint à Quimperlé . Il passa la nuit du samedi 25 au dimanche 26 février à Pont-ar-Groll sans avoir pu dérober quoi que ce soit. Se dirigeant sur Faudélias, Le Roux pénètre chez une dame Pennec (Louise Bourhis, épouse d’Antoine Pennec, cultivateur à Faudélias), et dérobe deux pommes. Le produit de son larcin ne l’ayant pas satisfait il se rend chez M. Alexis Kerdudou (1857-1920), garde particulier, demeurant sur le bord de la route entre Quimperlé et Clohars. Il entre en cassant un carreau et en faisant jouer l’espagnolette de la fenêtre. À l’intérieur, il fouille tous les meubles sans réussir à découvrir l’argent.
Mais, comme le titre l’Écho de Bretagne du 27 février 1912 : « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise ».
Un maître-tailleur de Quimperlé M. J-M. Gallo [1], revenant en voiture de Clohars-Carnoët, le dimanche soir vers 6 heures, le reconnut près du village de Faudélias. Il prévint aussitôt le cantonnier Corvellec (Jean Le Corvellec, voisin des Kerdudou à Faudélias), qui fila Le Roux, tandis que lui-même se rendait à Quimperlé avertir la gendarmerie. Les frères Quentel qui habitent dans les parages vinrent se joindre au cantonnier et dès lors commença une véritable chasse à l’homme (Louis Joseph et Joseph Quentel sont cultivateurs à Faudélias). Le malfaiteur put enfin être arrêté à l’embranchement du chemin de Quilimar. Les mains solidement liées derrière le dos il fut ramené au village de Faudélias où les gendarmes Lagadec (Noël Lagadec, 36 ans, originaire de Locronan) et Lastennet (Jean Lastennet, 35 ans, originaire de Brest), de la brigade de Quimperlé, vinrent le cueillir. Le Roux passa des aveux complets. Conduit à Quimperlé dans la soirée de dimanche il passa la nuit au violon. Le lendemain, après avoir comparu devant le Procureur de la République il fut écroué à la maison d’arrêt.
[1] Jean Marie Gallo, tailleur, demeurant place Saint-Michel à Quimperlé. Né à Mellac le 9 février 1873, décédé 39 place Saint-Michel à Quimperlé le 8 janvier 1931. Époux de Marie Louise Le Gac.
En prévision du procès de Le Roux aux Assises de Quimper, « le Parquet de Quimperlé s’applique à rechercher les différents vols commis par cet individu et se transporte pour constatation sur tous les points où le passage de ce cambrioleur a été signalé. Jeudi, MM. Toussaint, procureur de la République, Cazier, juge d’instruction, Combes, greffier et Le Bloa, interprète, se sont transportés avec l’accusé et deux gendarmes à Faudélias, à la Lande de Baye, à Locquillec et à Kergoaler, où Le Roux a reconnu, sans difficultés, les vols qui lui étaient attribués, et expliqué comment il les avait commis. Hier vendredi, les magistrats se sont rendus à Lande-Julienne, à Le Paou et à Kernivinen en Riec-sur-Bélon. Le Roux reconnaît les vols dont il est accusé en toute franchise et en avoue même d’autres. Aujourd’hui, samedi, le parquet se transporte chez Marc à la Lande de Kerancalloch, chez Nadan à Kernault, chez Tamic au Guilly et chez Pocher à Guilligourgan en Mellac ». [Union Agricole du 3 mars 1912].
Jean Louis Le Roux.
Mais qui est donc notre fameux cambrioleur ?
Jean-Louis Le Roux voit le jour à Riec-sur-Bélon, le 21 mars 1883, dans le hameau de Pontouar-Kercouliou. Son père, Joseph Le Roux, est tailleur d’habits, et sa mère, Marie-Barbe Dorven, est ménagère.
Jean-Louis a deux demi-sœurs, nées du premier mariage de son père avec Marie-Louise Kerforn, couturière décédée à seulement 33 ans :
– Marie-Catherine, née en 1874, qui épousera plus tard Louis Olivo ;
– Marie-Anne, née en 1876, qui restera célibataire et mourra à Riec en 1958.
Après le décès prématuré de Marie-Louise, Joseph se remarie avec Marie-Barbe Dorven. De cette union naîtront deux enfants : Jean-Louis, en 1883, puis Marie-Joséphine en 1886, laquelle demeurera également célibataire et s’éteindra à Paris, dans le 18ᵉ arrondissement, en 1966. La fiche matricule de Jean-Louis nous offre un aperçu précieux de sa vie avant ses exploits de cambrioleur. Inscrit sous le matricule 3300 lors du recensement militaire de Quimper, il est d’abord ajourné en 1904 pour faiblesse. Cultivateur de profession, il mesure 1,57 m, possède des cheveux et sourcils bruns, et des yeux gris. Son degré d’instruction noté 3 atteste qu’il sait lire et écrire, et qu’il a probablement suivi l’ensemble de l’instruction primaire.
Le 8 octobre 1905, il rejoint le 24ᵉ régiment d’infanterie, avant d’être remis dans la disponibilité l’année suivante, muni d’un certificat de bonne conduite. Puis la trajectoire se trouble : a-t-il rejoint sa sœur Marie-Joséphine à Paris ? Quoi qu’il en soit, deux condamnations pour vol, prononcées par le Tribunal de la Seine — le 21 décembre 1911 puis le 16 janvier 1912 — lui valent trois semaines de prison. Cela explique l’absence de méfaits dans la région de Quimperlé entre octobre 1911 et février 1912. Mais Jean-Louis n’en a pas fini. À peine libéré, il revient à Riec-sur-Bélon et reprend sa folle équipée dès le 2 février 1912 comme nous l’avons lu plus avant. Vit-il chez sa mère qui est veuve depuis 1898 ?
L’attente du procès.
Depuis l’arrestation de Le Roux, en attendant que son procès ne déchaîne à nouveau les passions, les bobottes quimperloises ont trouvé un nouveau sujet de conversation. Désormais, toutes les discussions convergent vers un événement autrement plus préoccupant : la grève aux établissements Savary. Le 1ᵉʳ mai 1912, les ouvriers ont cessé le travail. Les négociations salariales, déjà laborieuses, se tendent encore d’un cran lorsque survient une nouvelle dramatique : la mort soudaine de M. Frédéric Gautier, directeur de l’usine. Frédéric Auguste Marie Gautier, né à Quimperlé le 30 juin 1861, était le fils de Frédéric Joseph Louis, maître tanneur, et de Marie Angèle Buguel. Élève brillant, il avait embrassé la carrière d’ingénieur des Arts et Manufactures. En 1901, il épouse Marie-Louise Peaudecerf, fille de Valentin, sénateur du Cher, et de Marie Brenguier. Revenu à Quimperlé, il prend la tête des établissements Savary après la disparition de M. Savary lui-même.
Hélas, à la suite d’une très courte maladie, il s’éteint le 16 juin 1912 à 20 h 30, en son domicile du 1, rue du Combout. M. Gautier y demeure avec son épouse Marie Louise, leur fils de 9 ans, Frédéric [1903 Quimperlé-1983 Neuilly-sur-Seine], qui deviendra lui même ingénieur et leur fille Madeleine [1906-1978 Toulouse]. L’acte de décès est signé par M. Beaufrère, adjoint au maire, en présence de deux témoins : Armand Gautier, 43 ans, frère du défunt et caissier-comptable aux établissements Savary, ainsi que Joseph Marsille, 33 ans, rentier. C’est désormais Armand Gautier qui devient l’interlocuteur privilégié entre la direction et les ouvriers — une responsabilité lourde, dans un contexte social des plus fragiles.
Plusieurs articles de la presse locale font référence à ces grêves, en voici quelques uns.
Le procès.
La grêve aux Ets Savary n’est pas terminé lorsque, début juillet, commence le procès de Le Roux aux Assises de Quimper. L’accusation est soutenue par le substitut Bouard, Me Le Bail fils représente la défense. L’audience est suspendue après le premier jour consacré aux interrogatoires. Le lendemain, Le Roux accusé de nombreux vols qualifiés, est reconnu coupable avec circonstances atténuantes. Il est condamné à 5 ans de prison. (Ouest-Éclair du 3 juillet 1912). Fin juillet, la grêve prend fin et les ouvriers des usines Gautier-Savary et la fonderie reprennent le travail. Entre temps M. Louis Rivière a pris le contrôle des fonderies et curieusement, quelques jours après le procès de Le Roux, un article annonce dans l’Union Agricole la création de l’Association patronale de l’arrondissement de Quimperlé. M. Louis Rivière en est le président, M. Henry de Mauduit et M. Louis Tréguier, industriels, sont les vice-présidents. Nouvelle coïncidence, comme en 1920, entre Le Roux et les Ets Savary-Rivière.
Que devient Jean Louis ?
Il restera en détention jusqu’en mars 1917 et à sa sortie de prison il est envoyé au Maroc le 15 mars et affecté le 27 juillet à la 22e section du Groupe Spécial de la 11e Région de Vannes. Il y fera la campagne contre l’Allemagne du 15 mars 1917 au 21 mars 1919. Revenu dans la région de Quimperlé, Jean Louis reprend ses « bonnes habitudes » qui le conduiront une nouvelle fois aux Assises de Quimper le 27 juillet 1920. Voici la relation de ses exploits dans la presse locale :
« Quimperlé. — Vols qualifiés. — L’accusé Jean-Louis Le Roux 37 ans, est un journalier originaire de Riec-sur-Bélon. Il a commis de nombreux vols, la plupart avec effractions extérieures, escalade et effraction à l’intérieur.
1° Chez les époux Kerguelen, à Ty-Pello, en Clohars-Carnoët, il s’empara d’une somme d’environ 300 fr., de chocolat, d’un demi-litre d’eau-de-vie et de trois paquets de tabac ;
2° au domicile de la veuve Yhuel, demeurant à Loge-Daniel, en Quimperlé, il ne trouva pas d’argent et ne put dérober qu’un couteau, du pain et du savon ;
3° chez Le Du à Loyé-Pont-l’Abbé en Bannalec il déroba une somme de 450 fr. ;
4° chez les époux Le Beux, à la Croix de Kerduté, en Le Trévoux, il prit dans l’armoire une somme d’environ 800 fr. ;
5° au domicile de M. Le Du, cultivateur à Pen-an-Quéou-Bian, en Pont-Aven il s’empara d’une somme de 1.200 fr. ;
6° au domicile des époux Troalen, à Bel-Air, en Mellac il découvrit dans une armoire une somme de 436 fr., qu’il emporta ;
7° chez les époux Daniel, de Tachen-Vern, en la commune de Baye au moment où il opérait, il fut dérangé et put s’enfuir.
Enfin à Quimperlé, il s’introduisit chez les époux Le Moing, où il trouva dans l’armoire une montre en or, une montre en argent, une chaîne de montre et un sautoir en métal doré, dont il s’empara.
Le Roux est un homme jeune et valide qui peut gagner sa vie ; il préfère employer son habileté à voler les braves gens. Puis il se livre à la boisson et fréquente les mauvais lieux notamment à Lorient. Les renseignements sur son compte sont très mauvais et il encourt déjà trois condamnations pour vol.
Il ne bénéficie pas des circonstances atténuantes et il est condamné à huit années de travaux forcés et 10 ans d’interdiction de séjour ».
Jean Louis Le Roux sera alors envoyé au bagne de Cayenne comme le confirme sa fiche individuelle de matricule pénal. On y lit le parcours judiciaire et pénitentiaire du condamné.
Voici l’explication de cette fiche : Identité et condamnation
Jean-Louis-Joseph Le Roux
Né 21 mars 1883 à Riec-sur-Bélon (Finistère)
Condamné le 27 juillet 1920 par la Cour d’assises du Finistère
Peine principale : 8 ans de travaux forcés + 10 ans de relégation
Motif : « vol »
Arrivée au bagne de Guyane le 20 avril 1923 → mention “Cayenne”
Il devient un transporté : condamné à des travaux forcés pour un crime de droit commun (vol qualifié). Libéré, il commet un nouveau vol et est condamné le 5 avril 1929 par la Cour d’Appel de Cayenne à 4 mois de prison puis à la relégation.
→ Il a deux peines distinctes :
La transportation (travaux forcés)
La relégation, peine de sûreté pour récidivistes
⟶ Après les 8 ans de travaux forcés, il ne devait pas revenir en France
Il doit rester à vie en Guyane, affecté à une colonie de relégués.
Le voila donc transporté + relégué (cas assez fréquent chez les multirécidivistes).
Le 27 juin 1929 il est libéré conditionnel. Cela signifie :
Il sort du régime de travaux forcés
Mais il n’est pas libre de ses mouvements
Il reste assigné en Guyane (doublage + rélégation)
Mais il s’évade et sera réintégré le 28 juillet 1929 car il a été repris et renvoyé en prison (incarcéré à St-Laurent-du-Maroni). La « réintégration » est le retour au régime pénal après une libération conditionnelle annulée. Il est réintégré à la relégation collective par décision ministérielle : cette annotation signifie qu’il a été jugé dangereux / indiscipliné et donc renvoyé dans les camps de relégués (les plus durs du système) le 6 juin 1933. Après avoir été admis à la relégation individuelle le 27 février 1936, il sera réintégré à la relégation collective par décision ministérielle le 6 février 1940. [ La relégation pouvait être : individuelle (assignation libre dans la colonie) ou collective (retour dans un camp surveillé) ].
En conclusion : Jean Louis Le Roux a été condamné comme criminel de droit commun (transporté) puis comme récidiviste, donc relégué à vie. Il a connu une brève liberté conditionnelle, vite annulée et a fini assigné dans un camp de relégués, la partie la plus terrible du bagne.
Il ne reverra jamais la France, il décède en Guyane, à 59 ans, le 30 juin 1942.
© GB pour Panoplie de vie.
Sources :
– Presse : L’Union Agricole — L’Écho de Bretagne — Ouest-Éclair.
– Archives du Finistère.
– ANOM — Base bagne.
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