Voici la transcription d’un article paru dans ce journal le 27 février 1912.
« Echo de l’affaire Lavigne
Dans notre dernier numéro, nous avons relaté qu’un remisier lorientais, M. Maurice Lavigne, demeurant 143, rue Carnot, avait été arrêté à Saint-Malo à la suite d’une plainte en abus de confiance portée contre lui par l’abbé Delaroche, curé de La Chapelle-Heulin (Loire-Inférieure). Nous relatons d’ailleurs plus loin les circonstances de son arrestation. Son associé, Jacques Morel, remisier, 63, avenue Marceau à Paris, ayant pris la poudre d’escampette, court toujours. Ces deux associés n’avaient-ils pas d’autres compères ? En tout cas, la façon d’opérer de Morel et de Lavigne ressemblant singulièrement à celle qu’employa en mai et juin 1911, un M. de Prévignaud, de Paris, auprès de l’abbé Berthou, recteur de Baye, nous croyons intéressant de reproduire ce que nous avons relaté dans notre numéro du 8 septembre dernier :
S’étant laissé convaincre par des annonces alléchantes qu’il lisait dans la Cote Vraie, journal financier publié à Paris, 14, rue Tailbout, l’abbé Berthou, recteur de Baye, entra en pourparlers avec un soi-disant de Prévignaud pour ses opérations de bourse.
Le courtier ne se fit pas prier pour se rendre à Baye. Au début du mois de mai, contre la promesse, non pas du ciel, mais de gros intérêts, le brave recteur lui remit la somme de 4.400 francs pour l’achat de 10 actions des Messageries Maritimes et de 40 actions des Mines d’Irun. Un intérêt de 300 francs devait lui être servi et c’est quand il ne vit pas venir le premier trimestre, soit 75 francs, en juillet, que l’abbé Berthou se rendit compte qu’il avait été le jouet d’un habile escroc.
Celui-ci était en effet revenu à la charge et, le 26 mai, s’était fait remettre deux obligations du Maroc, valant 1.026 fr. plus la somme de 600 fr. en numéraire. Le 28 juin, de Prévignaud était encore au presbytère de Baye. Le curé lui remit cette fois la somme de 500 francs.
— Ça, lui dit le pseudo-financier, va servir pour le coup de fusil. Avec 500 francs, vous allez gagner 600 francs.
Confiant dans cet individu, il lui fit remettre le même jour, par sa domestique, un certain nombre de valeurs représentant une somme de 2.319 francs.
La cuisinière avait une certaine méfiance ; elle prononça le mot laer (voleur), mais, puisque M. le Recteur lui disait qu’elle n’avait rien à craindre, elle se laissa faire. De Prévignaud, oubliant de délivrer des reçus, partit en automobile à la recherche d’autres « naifs ».
Depuis, l’escroc a omis de donner de ses nouvelles, a oublié l’échéance des intérêts dus à l’abbé Berthou et, quand celui-ci écrivit pour les lui réclamer, il eut la désagréable surprise de se voir remettre quelques jours après, par le facteur, sa propre lettre portant la mention : « Parti sans laisser d’adresse !… ».
Lavigne, qui est actuellement sous les verrous à Lorient, et son compère Morel, qui court toujours, quoique étant l’objet d’un mandat d’arrêt, ne faisaient-ils pas partie d’une bande parfaitement organisée, comptant parmi ses membres, ledit de Prévignaud ? À moins que de Prévignaud ne soit un nom d’emprunt de Morel ? Un avenir prochain nous apprendra sans doute ce qu’il en est. Quoi qu’il en soit, l’affaire Lavigne n’atteint pas les proportions que l’on avait craint d’abord ».