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J’avais rêvé d’aller à Natashquan. Fasciné par ce Canada lointain, les images du Québec particulièrement, au début des années 1990, Internet m’a donné l’occasion de cajoler mon imaginaire et de faire par hasard la connaissance d’un québécois qui m’a abondamment fourni en informations sur ce pays énigmatique pour nous européens. Les échanges de courriels ont créé un solide lien d’amitié entre nous. Les histoires relatées par mon nouvel ami sur ses parties de chasse et expéditions de pêche fabuleuses ne m’ont pas laissé d’autre choix que de faire le saut. Ainsi, à plusieurs reprises, j’ai eu le bonheur d’effectuer des voyages à travers ce pays aux paysages exaltants.

Natashquan Québec
Photo de ulrich josserand sur Unsplash

 Lors d’un très agréable voyage touristique en 1998, en compagnie d’un couple d’amis, mon épouse et moi étions allés jusqu’à Havre-Saint-Pierre et je gardais depuis le regret de n’avoir pas poursuivi mon chemin jusqu’au « Pays où l’on chasse l’ours ». Un voyage de pêche m’en donna l’occasion !! Je l’ai fais en compagnie de Michel et de Jean, ils nous ont malheureusement quitté depuis …
Enfin ce jour est arrivé
Je suis allé à Natashquan

Paris, midi, le 19 juin
Jean et moi sommes à Roissy, prêts au départ pour l’aventure boréale. A peine assis au bar devant un café et une Point Cinq (une bière sans alcool au Québec), Jean interpelle un géant de 2 mètres, évidemment un pêcheur de saumon. Quel hasard, serait-ce un bon présage ? Jean qui n’avait jamais pris l’avion, se retrouve pour la première fois à Roissy : lui, que tout le monde appelle Bill comme son père, un autre fin pêcheur, se trouve, pour son baptême de l’air international,  nez à nez avec un copain de pêche du Sud-Finistère !!!
Jean est mon cousin, connu comme le loup blanc sur les rives du Blavet et de l’Ellé, pêcheur et chasseur passionné, reconnu, expert. Il y a encore 8 jours il ne savait même pas qu’il m’accompagnerait au Québec. Tout s’est bousculé, passeport, billets d’avion et nous voila enfin prêts à décoller pour Philadelphie et Montréal.
8 heures de vol, les USA, attente interminable à Philadelphie et vers minuit Michel, mon grand ami du Québec, nous réceptionne. Nous sommes surpris par une chaleur tropicale à la sortie de l’aéroport. Le bonheur de me retrouver au Québec pour la… 6 ou 7ième fois, ou plus,  est illuminé par le nouveau monospace de Michel : The Van, la van comme dit Michel. Une Ford Winstar haut de gamme !!!

Micheline nous attend, toujours souriante et charmante, souper rapide, et au lit. Demain et vendredi il faut préparer l’équipement, faire quelques courses en ville chez Le Baron pour organiser nos coffres de pêche et charger la van de tout le matériel bien emballé dans des sacs individuels pour chaque fonction. Michel est un organisateur né, un pointilleux : il a quitté la France, son Lot-et-Garonne au début des années cinquante, à 18 ans pour trouver du travail. Il débutera comme bûcheron dans le grand nord, préposé aux braises sous le moteur du camion pour éviter que l’huile ne gèle. Il deviendra un chef d’entreprise talentueux. Les préparatifs sont capitaux lorsque vous vous rendez en pourvoirie, isolés pendant 8 jours, reliés à la civilisation par un hydravion qui peut ne pas venir si la météo est capricieuse. Michel nous donne déjà un aperçu de ses qualités de guide en nous faisant un listing de l’indispensable. Les articles sont tous examinés et empaquetés dans des coffres ou des sacs individuels. Mais, Jean ne buvant pas d’alcool, il nous faut trouver de la bière sans alcool : nous passons pour des farfelus en questionnant les commerçants. Et, enfin, un chum nous dit :
– « Ah, une point 5 ». 
Eh oui, 0,5°. Ça lui restera à Jean. Michel ne l’appellera plus que Point Cinq ;-).
La veille, Michel nous a proposé un plan de voyage. Il nous rappelle qu’il y a 1280 kms à parcourir d’ici Natashquan. La Van est en rodage donc notre vitesse maximum sera limitée à seulement entre 90 et 110 kmh avec des arrêts « hygiène » toutes les deux à trois heures. On se passera le volant entre Michel et moi à chaque étape ce qui permettra de relaxer et d’admirer les paysages pittoresques, Jean sera confortablement installé dans le siège capitaine à l’arrière à coté de la glacière garnie de Point-cinq.
De bon matin, petit déjeuner catégorie « bûcheron » départ de Montréal à 07:30 via l’autoroute 20 par la rive sud du majestueux fleuve Saint-Laurent. Nous avons un petit 500 kms à faire pour rejoindre Matane, aux portes de la Gaspésie. Nous y arrivons vers 16:30. Sitôt après l’enregistrement à l’hôtel nous cédons à la tentation d’aller faire un petit tour au bord de la rivière à saumon : la passe, des pêcheurs à la mouche au niveau des fosses 2 et 3. « Début de saison tardive » nous renseigne les hôtesses du musée : 60 montées, seulement 6 prises. Je me souviens d’un de mes passages au même endroit il y a 4 ans, en septembre : plus de 2800 montées, 350 prises. 
Souper rapide dans une espèce de gargote, quelques minutes pour contempler la magnifique rivière, quelques réflexions sur les pêcheurs que nous observons depuis le haut du pont et retour à l’hôtel pour être fin prêts à sept heures demain matin. Le traversier n’attend pas.

Dimanche 23 juin

Nous sommes dans le plus important « long week-end » au Québec. La majorité des passagers du ferry sont des pêcheurs qui se dirigent vers des endroits retirés au fond des régions sauvages de la Côte Nord. Ils se sont munis d’équipement dignes d’une armée d’envahisseurs : pick-up 4×4, embarcation, matériel de camping, et quantité de provisions et de « rince-gueule » pour tenir un long siège : personne ne précise sa destination finale, top secret !! Deux heures plus tard nous débarquons à Godbout sur la Côte Nord après une traversée sans histoire mais passionnés par les ailerons de rorquals qui sortent de temps en temps de l’eau comme des lames tranchantes et brillantes et par les nombreux canards qui volent autour du traversier.

De Godbout à Natashquan, au bout de la route 138 où nous allons, les paysages sont féériques. Pour des pêcheurs quoi de plus exaltant que de traverser les ponts sur les rivières à saumon : Moisie, Marguerite, Rivière au Tonnerre, Magpie, Romaine, Aguanish, des noms qui font rêver. De les entendre vous enchante, de les voir vous ébloui. Larges, puissantes, attirantes. Mais la route est longue et malgré notre envie nous devons laisser les cannes dans leurs étuis. Un jour nous ferons le chemin lentement, au gré de nos envies, parcourant ces rivières en fouettant, explorant les fosses avec l’espoir de « coller » un de ces magnifiques saumons atlantiques qui reviennent à la montaison dans ces eaux cristallines glacées, qui vous donnent l’envie de se pencher et d’en boire. Ces rivières qui coulent du nord au sud sont préservées de toute pollution car au nord de la rive du Saint Laurent c’est la terre vierge, le grand-Nord, le pôle nord …

Sept-Iles, Havre Saint Pierre, panorama sur l’Archipel de Mingan, la route vers Natashquan : il y a 3 ans elle n’était que gravelle. Maintenant c’est une route aux mille reflets, en granit poli.
Dès la sortie de Sept-Iles, ville champignon, on pénètre dans le Québec profond. On se croirait dans un autre monde, un sentiment de solitude nous enveloppe. Nous traversons des petits villages parsemés le long de la côte, espacés de 10 à 30 km et faiblement peuplés. Les habitants sont de souche pure, des authentiques québécois dont les ancêtres, la plupart venus par mer de la Gaspésie à la fin du 19e siècle, se sont regroupés autour d’une baie ici et là pour fonder des communautés de pêcheurs.
Rivière-au-Tonnerre ! Ce nom fait vibrer, endroit invitant pour une courte pause. Le Gîte « 
Chez Marjo » reflète bien l’esprit entrepreneur des habitants de ce pays. Marjo et Gilles ont transformé la maison ancestrale en un somptueux Gîte du Passant avec Motel en annexe : ensemble charmant, quel soucis de délicatesse. Nous quittons avec un petit pincement au coeur cette éloquente Marjo avec ses idées avant-gardistes. Que c’est agréable de rencontrer des gens affables, prêts à rendre service, heureux de voir un « étrange ».
Baie Johan Beetz, Aguanish et le bout, « la fin » comme nous l’indique un panneau à la pointe Parent, au bord de la réserve indienne. Natashquan !!!

Il fait frais (frette nous dit Michel !), le vent, la pluie. Un petit hôtel sympathique : La Cache. Souper chez John Débardeur dans ce petit village tranquille, patrie de Gilles Vigneault. Demain l’hydravion nous embarque à 11 heures, en route pour Le Club Cap Natashquan.Nous commençons déjà à rêver de Mouchetées, Ouananiches, Touladi et Artic char. Et si la météo était mauvaise, les vents indélicats, les poissons méfiants ou absents ? le doute est là tout à coup, attisé par l’espièglerie de Michel: il nous assure avoir du attendre 4 jours une fois pour pouvoir prendre un hydravion, avoir eu des jours sans, avoir pêché une semaine sur le lac Saint Jean pour ne ramener que 3 ouananiches. Jean le découvre, moi même il me laisse des doutes mais ce charmant ami peut avoir un humour ravageur, et pourtant !!!

 Lundi matin, 24 juin.

Toujours couché, la sonnerie du téléphone me réveille en sursaut. Encore engourdi dans mes rêves, je reconnais le ton bourru de Michel:
– Regarde par la fenêtre, vite !
Oh là, quelle purée. Je vous avais averti, nous dit-il, le temps change rapidement au pays de la Chicoutai. On risque d’être cloué ici pour une semaine. Vent féroce, pluie, rafales, tempête, on ne voit même plus le bord de mer, visibilité nulle à 50 mètres. Pire ! au déjeuner (le petit déjeuner en France), un vendeur d’automobiles en vadrouille sur la Côte Nord en quête de spots à saumons et qui vient de passer une nuit à l’hotel, nous assure qu’il a connu le lac Victor il y a quelques années et que la pêche y est incertaine, les lacs vidés, la pourvoirie en mauvais état … bref : faites demi-tour. Quoi de mieux pour éteindre notre optimisme. Jean se gratte le nez, mauvais signe d’inquiétude.
Michel se renseigne chez Deraps, les pilotes ne peuvent décoller, le Otter et les Cessna sont cloués au sol par le manque de visibilité. Pas de départ à 11 heures, dans l’après midi peut-être ou alors demain … clame Michel sarcastiquement. L’attente, diner chez John Débardeur, ambiance sympathique à l’hotel, Michel en profite pour faire la sieste. La météo nous accable. Le téléphone nous sort de notre léthargie : Vincent, le pourvoyeur, vient d’appeler sur le téléphone satellite, annonçant qu’il voit les sommets des montagnes : départ immédiat, le brouillard s’est levé, il y a une courte fenêtre météo favorable.

La pourvoirie
Natashquan Québec pourvoirie lac Victor
Le lac Victor
Le Otter sous les nuages ...
Natashquan Québec pourvoirie lac Victor
Natashquan Québec pourvoirie lac Victor

Si vous n’avez jamais tenté l’aventure de l’hydravion, précipitez-vous. Ceux qui savent imaginent le plaisir. La toundra, la forêt boréale, les lacs par centaine, la nature vierge. Vu d’en haut, quel spectacle. Vingt minutes de bonheur pour se poser en douceur sur le Lac Victor, le ponton, la plage, les chalets en bois rond, l’immensité loin de tout, la pourvoirie: nous y sommes !!
Nous sommes accueilli par Vincent, le propriétaire, André le gérant et nous accompagnaient dans l’avion Marc André, le jeune guide de 16 ans (nous y reviendrons) et Raoul, un indien montagnais.  
Juché à 5 mètres du bord du lac notre chalet en bois rond est rustique mais confortable, un vrai refuge de pourvoirie. Grande salle avec le poële à bois indispensable dans lequel nous allumons vite un feu, il fait frisquet ce soir dans le nord, les chambres, le coin cuisine, la douche et les sanitaires : tout y est, mais pas de 4 étoiles ici, c’est l’aventure et ça doit le
 rester.

Mardi 25 juin

Nous voici à pied d’oeuvre : ce pour quoi nous avons fait tout ce chemin. Nous découvrons notre chaloupe, quelques conseils techniques et « route pêche ». Cette première journée ensoleillée est surtout vouée à la reconnaissance.Nous pêchons à la traine en bateau, technique nouvelle pour moi et Jean.

Une canne à lancer, un moulinet garni de 28 à 30/100ième, des leurres : rapalas, cuillères ondulantes, tournantes, vers. Jean est persuadé que nos cuillères tournantes bretonnes « les cuillers quimperloises » seront meurtrières malgré l’avis des collègues québécois. Test concluant.. Nous pêchons de la truite mouchetée et des ouananiches de belle taille. L’embarcation en alu de 4 mètres nous offre toute l’aisance utile, le hord bord tient un ralenti impeccable pour ce genre de pêche, procure assez de puissance pour se déplacer rapidement. Premier stop pour le diner vers midi : la cabane du trappeur à l’embouchure de la Rivière du Milieu. Coin mystique.  Jean est très inquiet : des maringuoins et des mouches noires par millier : il est protégé au maximum. On dirait Robocop. 

Natashquan Québec pourvoirie lac Victor
La cabane du trappeur
Natashquan Québec pourvoirie pêche
Natashquan Québec pourvoirie lac Victor
Le lac Victor
Natashquan Québec pourvoirie lac Victor
Lac Victor

Autour de nous le décor est somptueux, des eaux limpides, des montagnes recouvertes d’épinettes noires d’une densité incroyable qui s’étendent à l’infini comme un interminable tapis. Aucun bruit, la solitude totale, cette immensité est à nous pour quelques jours : merveilleuse sensation, une véritable cure « psycho-thérapeutique ».
Le retour à la pourvoirie se fait sans problème malgré une petite hésitation sur la direction à prendre: le lac Victor est vaste (10 km de long), les baies et les passages entre les îles se ressemblent. Méfiance à l’avenir. La carte est indispensable, Michel regrette de ne pas avoir apporté son G.P.S. ou au moins une boussole. Nous rentrons après 8 heures passées sur le lac avec une jolie pêche de mouchetées et de ouananiches. Pour le lendemain les guides, qui s’occupent de nettoyer et de congeler nos poissons, nous annoncent plutôt de la pluie. Fourbus, on s’offre un bon whisky, repas gastronomique préparé par le cuistot dirigé attentivement par Vincent qui semble prendre un malin plaisir à servir un menu digne d’un 3 étoiles.

Mercredi 26 juin

En effet il pleut, il fait froid, il vente. Michel nous annonce notre meilleure journée de pêche. Bien couverts et armés de nos cirés nous décidons d’explorer le Lac de la Sauvagesse au sud du lac Victor. Ce temps pluvieux et frais s’avère un vrai bonheur pour la pêche. Nous nous réfugions à l’abri dans les baies pour éviter les vagues. Et là commence l’attaque sur nos leurres. Pas question de s’entraider pour ramener les prises dans l’embarcation, il arrive que nous soyons tous les trois occupés à nous battre avec un salmonidé.
Que de ouananiches. Plusieurs beaux poissons de 4 livres et plus. Nous devons faire des efforts permanents de remise à l’eau pour ne pas exploser nos quotas dès le deuxième jour. Quel bonheur de voir ces poissons argentés faire des figures artistiques au bout de nos lignes.

 

Natashquan Québec pourvoirie
Retour de pêche
Ouananiches
Les ouananiches

Les jours suivants le beau temps est au rendez-vous. Parcourir le lac Victor, la Sauvagesse, le lac Petit-Jean après avoir admirer les Portes du Paradis et suivi les rivières étroites et peu profondes menant au lac Rod, quelle joie. La montée au lac Rod se fait à travers les Portes du Paradis par une rivière tortueuse avec des rapides et des écueils où la prudence est de mise. Tout à coup, passé un étroit, on débouche subitement sur un magnifique plan d’eau, vision qui nous coupe le souffle. Et en prime il y a du poisson. Une île boisée en plein centre, un rocher idéal pour moucher : je m’y installe, Michel et Jean posent l’ancre quelques mètres au large. Sandwich à la main, canne de l’autre, nous explorons le courant créé par la pointe de l’île et le vent du sud, les mouchetées sont là. Jean , malin, fait de la discrimination et ne ferre pas à la touche, ramène lentement les prises puis donne du mou dès qu’il a jugé la taille et l’espèce pour provoquer un décrochage automatique des « indésirables » sans se mouiller les mains. Il ne capture que les spécimens souhaités.
Une belle mouchetée courbe ma canne à mouche. Michel, en face de moi dans l’embarcation ramène aussi un poisson. Que c’est lourd : nous réalisons alors que nos deux fils sont tendus à l’opposé; la truite vorace avait d’abord avalé le ver de Michel pour ensuite gober ma mouche. Nous avons un sac plein de telles anecdotes.
Plus que deux ouanas à capturer pour combler les quotas, nous devons employer des as
tuces pour les empêcher de sauter sur nos leurres car nous souhaitons compléter nos limites de mouchetées et d’Artic Char. Les limites en possession sont de 20 truites mouchetées ou Artic Char, et de 6 ouananiches par permis de pêche.
Nous avons largement dépassé ces nombres si on compte les remises à l’eau, les poissons blessés ou de petite taille que nous avons donnés au cuisinier pour les repas du soir que nous partagions avec un psychiatre et un policier de Montréal, un avocat, un consultant en finances et un groupe de chasseurs à l’arc devenus pêcheurs !

Nous avons quitté la pourvoirie plein de tristesse au bout de six jours de bonheur. Notre quota de poissons est facilement atteint : malgré de nombreuses remises à l’eau nous revenons vers Montréal avec 78 poissons, bien calés dans des glacières. Grâce à la glace sèche nos prises arrivent bien congelées, et dès notre retour à Montréal par la magnifique route 138 en longeant le majestueux Saint-Laurent, nous dégustons deux ouananiches et quatre truites mouchetées que Micheline nous a cuisiné avec amour et précision !

Quel voyage !!! Quelle expérience de pêche !!!

Le jour de notre départ du camp de pêche, le Otter était en panne. Le Cessna a fait deux voyages pour nous ramener. Trois semaines après notre retour en France, Michel m’a appelé de Montréal. L’hydravion avait eu un problème, il s’est « crashé », et le pilote ainsi que ses passagers sont décédés dans l’accident …

Depuis longtemps j’avais rêvé
D’aller un jour à Natashquan
Pêcher des chars et des mouchetées,
Au bout d’la route avec la van

Fallait faire fi des maringouins
Des mouches noires et des brûlots,
Pour aller sur le lac Bégin
Pêcher la grise au fil de l’eau

Pour soulager le lac Victor
La Sauvagesse ouvre grand ses bras
Elle a parfois des reflets d’or,
Mêlés à l’argent des wanas

Les épinettes aux reflets bleus
Vous ouvrent les portes du paradis
Posées par on ne sait quel dieu
Rod et Petit-Jean sont bénis

Écoute la rivière du Milieu
Chanter la légende du trappeur,
Quand les huards au cri de feu
Commencent à semer la terreur

Si vous montez au Chavary,
Accompagnés de Marc-André,
Votre panier sera rempli
De quantité de belles mouchetées

Et puis le soir à la veillée
Au centre du cercle de carrés bleus,
Vincent vous fera apprécier
Ses qualités de maître-queue

Vous y découvrirez peut-être
Un psy disciple de Lacan,
Un policier ami d’un Maître,
Des archers et un  consultant

La trappe racontée par André
Vous donne une âme de gourmet
Le rêve ne sera pas brisé,
C’est comme au temps des Montagnais

Depuis la proue de la chaloupe
L’eau cristalline me fascinait
Point-cinq au centre, Mich à la poupe,
Trois bons copains se régalaient

Enfin ce jour est arrivé
Je suis allé à Natashquan,
Comme j’en avais toujours rêvé,
Au bout d’la route avec la van

© pjK – Panoplie de vie