Les poèmes de cette page sont extraits du recueil « Tourments » – ©pjk

Le petit chalet
C’était un tout petit chalet
Lové au fond de la forêt
La cheminée riait, riait
Et au dehors la neige tombait.
La peau de bête leur tenait chaud
Malgré le givre sur les carreaux.
Comme un puzzle, ils s’enlaçaient,
Cette vie rêvée était la vraie.
Comme d’habitude il avait peur
De se lâcher dans ce bonheur.
Elle savait bien, comme toujours
Le renverser par son amour.
Quand ces grands yeux le regardaient
Il se sentait au bout du quai.
Prêt à sauter dans ce grand rêve,
Comme un grand saule rempli de sève.
Alors la crainte l’envahissait,
Vers ses démons, il repartait.
Mon Dieu pourtant qu’elle était belle,
Compréhensive et sensuelle.
Il faudra bien qu’un jour enfin,
Il en accepte son destin.
Qu’il mette de l’ordre dans ses pensées
Pour aborder la vie rêvée.
Deux vies
Ai-je vécu la vie d’un autre,
Un même corps, mêmes blessures
Obéissant comme un apôtre
Allant tout droit vers la cassure
Du coeur
Ou est-ce l’autre qui a vécu
Volant ma forme depuis toujours
Gérant mon âme plus que prévu
Manipulant par ses discours
Mon coeur
Ma tête est vide de souvenirs
Et si parfois l’un d’eux revient
Ma seule raison ne saurait dire
Est-ce le mien ? Est-ce le sien ?
Sans coeur
Écartelé par deux esprits
Aux jugements si différents
Dans un dilemme longtemps enfoui
Dans le grand fond de l’inconscient
De l’âme
Aurais-je vécu les mêmes choses
Sans ce binôme envahissant
Porteur d’épines plus que de roses
Petit bonhomme contaminant
Mon âme
Il est malin, il est fuyant
Il est parfois très bien planqué
Mais il revient incessamment.
Je rêve un jour de lui casser
La gueule !!!
Poésies orignal
Tableau de Fleurenn

Le jour où le grand orignal
Voudra sortir de sa forêt,
Alors il s’en foutra pas mal
De tous les chasseurs aux aguets.
Il partira sur la gravelle
Direction sud vers le grand fleuve.
Sans même un regard pour sa belle
Il marchera, pourvu qu’il pleuve !
Comment pourra-t-il oublier,
En traversant le Charlevoix,
Sa tribu qu’il a tant aimé,
Elle est restée au fond du bois.
Il s’arrêt’ra, c’est décidé,
Vers Baie John Beetz sur la Côte-Nord,
Pas un chasseur n’aura tiré
Il aurait tant aimé la mort.
Il longera le Saint-Laurent
Passant les rivières à saumons,
De Baie-Comeau jusqu’à Mingan
En continuant à faire front.
Dans le pays de chicoutées
Il s’install’ra devant la mer,
Et tout l’hiver, il va neiger,
Il se fera un coeur de pierre.
Puis il écrira son histoire
De vieil orignal fatigué.
Il finira par vraiment croire
Qu’il est un ours bien mal léché.

Enfer
Assommer le désir par des pensées sordides
Sans vouloir à tout prix connaître le passé
D’un amour véritable, délicieux et solide
En imageant le pire, on se sent laminé
Canaliser les peurs pour ne pas reproduire
Ces moments de détresse où les larmes vont couler,
Contrôler le passé, préserver l’avenir,
Sans copier les années, mais sans les oublier
Le besoin de savoir ressemble à un enfer,
Une sorte de torture, de celles qui terrorisent.
Pour un écorché vif qui n’a pas la manière,
Toutes ces questions le minent et le gardent sous emprise.
C’est un moment terrible quand l’inconscient s’en mêle,
Alors que la raison connaît la solution,
Mais cet étau sans fin, aux mâchoires si cruelles
Est mené puissamment par la main des démons.
C’est vouloir à tout prix se sentir rassuré
Pour que la peur s’en aille, que le calme revienne,
Mais c’est aussi forcer le cerveau dérangé
À repenser sans cesse aux raisons de la peine.
En essuyant ses larmes, on espère que peut-être
La tristesse s’écoule, doucement pour qu’un jour
La source soit tarie, pour que puisse enfin naître
Un avenir serein du destin de l’amour.
Méandres
Réunies par hasard, n’osant pas se frôler
Sensibles et si timides, pourtant si translucides,
Deux gouttes d’eau limpides, se sentant enfermées,
Rêvèrent de s’unir, de sauter dans le vide.
Elles en avaient envie mais la force manquait,
Comment faire pour s’extraire des autres éléments.
Des gouttes d’eau autour, aucune ne le voulait,
L’avenir est si lourd rongés de sentiments.
Et pendant des années, le rêve de fusionner
Est resté si ancré malgré tant de vraies peurs.
Elles auraient pu aussi, soudain être emportées,
Cachées parmi des larmes de tristesse et de pleurs.
Mais les larmes du coeur attendent le destin,
D’un murmure ruisselant, évoquant une prière,
Elles créent dans la vallée des méandres malins
En forme de maillons roulants vers la rivière.
Les maillons sont des chaînes, emmêlées pour toujours,
Recherchant de l’espace, enserrées par les rives,
Mais le courant est fort, de vigueur et d’amour,
Il court vers l’océan et ses eaux libres et vives.
L’estuaire est tout proche, les berges s’élargissent,
Comme les murs d’une cage, effondrés pour toujours.
C’est un saut vers la mer où les chagrins périssent,
La porte est grande ouverte et dehors il fait jour.
Imaginez les gouttes, emportées par la mer,
Les tourbillons d’écume et la houle de suroit,
Pourront-elles survivre et rester solidaires,
Pour s’unir à jamais malgré tout ce fracas.
Mais c’est inéluctable, car le rêve est si fort.
La seule transparence de ces deux gouttes d’eau
Leur confère pour toujours, l’union des maillons d’or
Pour leur sincérité empêchant le grand saut.
Il le sait ce destin, si un jour elle pourront,
Fusionner leurs atomes pour ne former qu’une seule,
Et même molécule, un unique poumon,
Pour respirer l’automne et ses éclats de feuilles.
Peut-être bien qu’un soir, aux portes d’un chalet,
Les deux gouttes unifiées tomberont en flocon,
Se posant doucement, dans le creux bien replet,
D’une main salvatrice connaissant leur union !.
La mesure du temps
Le rythme lent des vieux chalands
Bât la mesure de mes pensées.
Telle une berceuse de l’ancien temps,
Mélancolique et dépassée.
Dans ma masure au bout du quai,
Il y avait un clou rouillé.
Près de la porte y pendouillait
Un vieux tissu tout dentelé.
Temps de brouillard, sombre matin,
Comme ce chiffon semblait sinistre,
Tout immobile, comme un pantin,
De couleur triste, comme du bistre.
Puis tout à coup, tout s’éclaira,
Brumes et nuages se dissipèrent,
Le vent du nord les balaya,
Faisant renaître la lumière.
Sous une rafale de l’aquilon,
Faisant céder le vieux loquet,
S’ouvrit la porte de la maison,
Éclairant tout comme un quinquet.
La vielle dentelle aux tons si sombres,
Bougea enfin, semblant revivre,
Se débattant, sortant de l’ombre,
Elle agitait toutes ses fibres.
Elle retrouvait tous les éclats
Du macramé de sa jeunesse,
Toute la brillance des fils de soie,
Effet de reine ou de princesse.
Les vieux chalands semblaient glisser
Plus librement sur la rivière.
Et les tempo de mes pensées,
Soudainement s’accélérèrent.
Ouvre la porte et laisse entrer
Lueur et joie pour l’avenir.
Ces vielles nippes du temps passé,
Détruis les vite pour t’en sortir.
Prends la mesure du temps présent,
Comme d’un besoin de renaissance,
Regarde bien très loin devant,
Pour t’entourer de réjouissances.
La manumission
On peut voler une vie
Peut-on voler une mort ?
Des années endormies,
Peut-on changer le sort ?
On ferme l’écurie,
La porte du château.
La parade est finie,
On range les chevaux.
Devant la grande grille,
Déjà un peu rouillée,
Enfin le soleil brille,
Lui si longtemps caché.
Les feuilles de l’automne,
Se sont décomposées,
Et c’est un nouvel homme,
Ébloui par l’été.
Esprit de liberté,
Les chaînes et les maillons
Pour toujours écartés.
Telle une manumission.
Pensées
Vous avez de l’amour du respect et du cœur,
Pour un homme adorable, un complice ingénieux.
Et soudain tout s’écroule, comme une sorte de rancœur,
Sans avoir pu confier, avant qu’il dise adieu,
Combien vous l’adoriez, celui qui vous disait 
La fierté qu’il avait de votre réussite. 
Mais il vous a quitté, sans doute avec regret,
De vous abandonner si brutal et si vite.
Je ne saurai jamais si cet amour intense
De cet homme admirable n’était qu’un lien filial, 
Ou un dépassement, d’une empathie immense
Pour un rêve éveillé d’une réussite vitale.
Il a compté pour moi, car je n’ai pas connu,
Le lien du sang d’un père mais je dois reconnaître 
Qu’il m’a beaucoup aimé, comme me l’aurait rendu
Ce père biologique qui ne m’a pas vu naître.